Les bombes sur le Donbass et la « trahison » de Nadia Savchenko

Mediapart/blog de Segesta3766/Contropiano.org, 22 juin 2016 (Fabrizio Poggi)

Le 22 juin d’il y a 75 ans, les hordes nazies commencèrent l’invasion de l’URSS. Le 22 juin 2016, à 4 heures du matin, tout comme 75 ans auparavant, l’artillerie lourde de la junte de Kiev a commencé de nouveaux bombardements sur les villes principales du Donbass.

 

Comme pour vouloir suivre en tout et pour tout, si jamais il y avait encore besoin de plus de preuves, les traces de leurs propres « pères idéologiques » du Troisième Reich, les putschistes ukrainiens envoient en première ligne, « en contact direct avec l’ennemi », le long de la ligne directrice de Gorlovka, de nouveaux détachements des bataillons néo-nazis « Azov » et « Donbass », officiellement encadrés dans la Garde nationale : c’est ce qui a été déclaré par le conseiller du ministère de l’Intérieur ukrainien, Zorjan Škirjak. A Mariupol arrivent par contre d’autres avions chasseurs Su-25 en renfort. Les premières salves de mortiers de 80 et 120 mm contre Jasinovata et l’aéroport (ce qu’il en reste) de Donetsk, avec la banlieue de Spartak, avaient commencé dans la soirée du 21 juin ; vers 23 heures le feu avait été étendu à de nombreux autres quartiers périphériques du chef-lieu de la DNR. Puis, à 4 heures du 22 juin, les obusiers ukrainiens avaient ouvert le feu contre Gorlovka : ont été endommagées des canalisations électriques et hydrauliques, quelques maisons ont été brûlées et beaucoup ont été endommagées, les habitants ont réussi à se mettre en sécurité. On parle d’environ cinq cents coups par jour tirés par l’artillerie et des mortiers de différents calibres dans la dernière période. Les bombardements n’épargnent pas non plus le territoire de la République populaire de Lugansk, surtout dans la direction de Stanitsa Luganskaja. Les observateurs de l’OSCE se rapprochent des localités touchées, ils ne s’y aventurent pas et puis reviennent sans avoir vérifié quoi que ce soit ; il semble que même la partie ukrainienne, bien sûr pour d’autres raisons, ne soit satisfaite du travail de la mission de l’OSCE.

Et les bombardements ont continué la nuit suivante et même la nuit dernière, avec plus d’une trentaine de maisons endommagées dans les banlieues de Golmovskij et Zajtsevo de Gorlovka. Selon les données fournies hier par le commandement des milices de la DNR, les dernières 24 heures, les troupes ukrainiennes avaient tiré contre les localités les plus proches de la ligne de front 15 coups d’artillerie de 152 mm, une dizaine de salves depuis des chars, 243 coups de mortier de 120mm et 158 de 82 mm, ainsi que des lance-grenades et des armes automatiques depuis les véhicules blindés.

Tout cela bien sûr ne prive pas de sommeil les « patriotes » ukrainiens, aux prises en ce moment avec de tout autres rébus sur la « sécurité de la nation ». L’un de ceux-ci est celui de savoir si conserver ou pas le titre de « héros de l’Ukraine » à la néo-nazie, ex-sniper du bataillon « Azov », Nadezhda Savchenko : une pétition demandant à Petro Porochenko de lui enlever le titre honorifique est déjà apparue sur le site web présidentiel. Après que le plus malins, le jour même de son retour à Kiev, graciée par Vladimir Poutine le 25 mai dernier, avaient insinué qu’il s’agissait d’une fausse Nadja, envoyée par Moscou pour subvertir l’Ukraine ; après l’interview, dans laquelle elle invitait Kiev à ouvrir des négociations avec le Donbass ; après que, dans une interview avec la Deutsche Welle, elle avait déclaré être pour une réduction par étapes des sanctions contre la Russie; après l’interview à Radio Liberté dans laquelle elle déclarait que, pour les Russes et les Ukrainiens « il est préférable être de bons voisins, plutôt que de mauvais frères »; après que, dans la énième interview à la Voix de l’Amérique elle avait dit ne pas vouloir l’aide militaire occidentale à l’Ukraine, qui « pourrait conduire à la Troisième Guerre mondiale », les gardiens les plus fidèles de l’orthodoxie estampillée Stepan Bandera et Roman Šukhevič ont décidé que la mesure était comble : « Si nos « héros » sont ceux-ci, alors honte à vous, M. Porochenko », écrivent-ils dans la pétition. À leur avis, il est maintenant même trop évident que l’ancienne « éminence grise » du bataillon néo-nazi « Ajdar » n’est rien d’autre qu’un agent du Kremlin, « recruté par le FSB », le Service de sécurité de la Russie. La pétition adressée à Porochenko (pour l’instant signée par 124 personnes, des 25mille nécessaires) demande d’ « enlever à Nadezhda Savchenko le titre de Héros de l’Ukraine, qu’elle ne mérite pas. » Cela, en dépit du fait que Savchenko, dans la même période, était en tournée de marketing pro-ukrainien et, depuis la tribune de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), en parfait russe, tonnasse que « je ne pense pas que l’Europe aime avoir un ours sorti de la taïga pour voisin. Il se peut que, dans la taïga, l’ours se comporte en patron. Mais seulement lorsqu’il est dans la taïga ; lorsqu’il en sort, ils le maîtrisent. »

Donc, avec l’étoile de la « Jeanne de Savchenko » quelque peu ternie, voilà que semblent remonter les scores de son ancienne « marraine politique » et ancienne Premier ministre, en plus d’être ancienne oligarque du gaz, Ioulia Timochenko : son parti « Patrie » a poursuivi le Premier ministre Vladimir Grojsman et le gouvernement pour le doublement des tarifs municipaux de gaz, eau et chauffage. « Je pense que Grojsman et Yatseniuk tôt ou tard auront à répondre pour avoir établi des tarifs du gaz cinq-six fois plus chères que le prix de revient », a déclaré Timoshenko. Naturellement, ce n’est certainement pas l’amour pour le peuple ukrainien qui meut l’ex-héroïne de l’Occident qui, dans les premières semaines de l’agression armée contre le Donbass, proposait de clôturer la région avec du fil de fer barbelé et de « les bombarder avec des armes nucléaires. »

Et si Kiev n’est pas encore arrivée aux armes nucléaires, elle est néanmoins en train d’avancer à grands pas avec le fil barbelé, dans la construction de ce « fossé européen » en défense des « frontières orientales de l’Europe », lancé à l’époque du prédécesseur de Grojsman, l’ancien chouchou de Victoria-fuck-the-EU-Nuland, le fugitif Arseni Yatseniuk. Déjà 230 km de fossé, avec une clôture, des barbelés, des tranchées antichars ont été réalisées à la frontière avec la Russie (qui compte environ deux mille kilomètres), dans les régions de Kharkov et de Tchernigov. Pour ce faire, Kiev a mis dans le bilan 8 millions de $ pour 2016 (bien sûr, des fonds donnés par l’UE), qui vont s’ajouter aux 16 déjà alloués l’année dernière : encore très peu par rapport au coût total estimé, à partir de maintenant jusqu’en 2018, d’environ 160 millions de $. Plus précisément, ont été réalisés 70 km de clôture métallique, 230 km de tranchées anti-chars et 116 km de rails pour les convois militaires le long de la « ligne du front russe »; apprêtés 4 modules blindés « Triton », des tours de guet optique-électronique et des cabines spéciales pour les factionnaires. En ce qui concerne les territoires des Républiques populaires, le mois dernier avaient commencé les travaux pour la construction d’une « muraille » entre le territoire de la région de Lugansk contrôlée par Kiev et la Russie.

Mais il sera cependant difficile que des clôtures et des tranchées pourront arrêter la machine « mentale » mise en mouvement par les putschistes à Maïdan et poussée de plus en plus follement avec l’ héroïsation de ses idoles nazies. Une machine qui, aujourd’hui, dégage des effluves nauséabonds du genre de cette insertion parue sur le site emarket.co.ua : « Je vends le crâne d’un camarade (nazi, ndt). Nous étions ensemble dans Ilovajsk. Un vrai souvenir pour de vrais hommes. Il sera bien sur le bureau. Nettoyé avec une technologie unique. Le camarade est mort à l’aéroport de Donetsk. Le crâne était endommagé – la tête du camarade avait été coupée par un éclat d’obus. Gloire à l’Ukraine. » Le prix est fixé à 600 $ ; bien sûr négociable.

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