Mission d’août 2017

Compte-rendu Donetsk : 30 août-1er septembre 2017

Voici le compte-rendu de notre cinquième mission au Donbass. Nous avions décidé de revenir assez rapidement après notre précédent voyage en raison du peu de temps consacré à nos hôtes et amis sur le terrain lors de notre dernier séjour.

Nous souhaitions prendre ce temps pour comprendre leur vie dans ce pays en guerre, savoir comment les aider au mieux, et leur montrer combien ils sont importants et que des Français pensent à eux et les soutiennent.

 

31 août 2017

Nous sommes accueillis par Erwan Castel dans le hall de notre hôtel et devant un bon petit déjeuner nous abordons la question du programme de nos deux courtes journées que nous passerons à Donetsk.

Nous avons pris soin de prendre rendez-vous avec Tatiana Sorkhina la directrice de l’établissement pour jeunes enfants qu’UED suit depuis mai 2015, pour aujourd’hui à 14h et nous décidons de faire plusieurs achats pour les enfants de son établissement : vitamines de croissance et friandises diverses.

Nous décidons également d’aller rendre visite au le Dr. Vadim Oprichenko dont nous avons fait connaissance le mois dernier pour prendre de ses nouvelles et savoir si l’hôpital a des besoins pressants auxquels nous pourrions subvenir.

Nous envisageons également de contacter Rashid Romanov d’Oplot TV pour venir rendre compte de nos missions à l’institut. Un message est transmis également à Janus Putkonen de Doni Press.

 

 

Nous sommes rejoints par Svetlana Kissileva de Novorossia Today et partons faire nos emplettes. A la pharmacie le choix se porte sur les apports de vitamines et divers produits de soins (savons, dentifrices, shampooing…). Puis nous passons à la boulangerie pour acheter les friandises.

 

 

Après un bref coup de téléphone, nous apprenons que le docteur souhaite nous voir de suite. Nous nous rendons à l’institut de traumatologie.

« Je suis toujours disponible pour vous », nous dit-il en préambule. « Vous avez grandement amélioré notre qualité de soins avec les achats effectués lors de votre dernier passage, c’est donc une joie de vous recevoir. Depuis maintenant bientôt 4 ans nous sommes démunis de tout et sans aide extérieure nous ne saurions plus soigner nos malades, petits et grands, autant qu’ils le nécessiteraient ».

Nous lui expliquons que nous souhaitions acheter quelques jouets, livres pour les enfants, mais il nous arrête de suite : « nous avons ce qu’il faut pour amuser les enfants. Il y a des choses qui nous manquent vraiment et qui sont cruciales. Ce dont nous avons besoin, ce sont des lampes de salles opératoires et surtout des brancards car les nôtres sont vétustes. Il est difficile de déposer nos malades polytraumatisés – surtout après une intervention chirurgicale sur la colonne vertébrale – sur un de nos brancards métalliques sans occasionner de terribles souffrances supplémentaires». Nous nous rangeons évidemment à son avis et le suivons jusqu’à son bureau. En chemin, nous croisons un jeune patient les bras en écharpe et le médecin nous dit : « voici un jeune homme qui a pu bénéficier de l’éclairage de votre lampe au moment de son opération. Il s’agissait vraiment d’un achat important que nous n’aurions jamais pu nous permettre sans vous. »

Il nous fournit les références exactes des équipements qu’il souhaite nous voir acquérir, sous réserve de l’argent disponible pour ce faire. Il précise encore qu’il s’agit de matériels qui serviront à toute catégories de malades : enfants et adultes.

 

 

Finalement, il a raison. A quoi bon des livres et des jouets si c’est pour souffrir sur un brancard vétuste ? Nous refaisons nos comptes et décidons de verser 70.000 roubles (au final, il s’agira de 94.000 roubles). Il décide, à regret, de ne pas prendre de lampe, qui coûte vraiment très cher et ne permettrait pas d’acheter le brancard. A notre prochaine visite, peut-être !

Après s’être enquis de la disponibilité de ces équipements auprès du magasin de fournitures médicales, nous prenons rendez-vous avec lui pour la livraison le lendemain matin 9h. Nous partons rencontrer la directrice du magasin pour finaliser les achats. Le coût total de ces équipements est décomposé de la manière suivante :

Armoire :                                            21.000 roubles

Chambre de stérilisation :               45.000 roubles

Brancard :                                          28.000 roubles

 

 

Nous retournons déjeuner à notre hôtel et faisons connaissance avec Sébastien Hairon, un des courageux volontaires français du Donbass. Elena Sydorova vice-doyenne de l’Institut franco-russe et Philippe Khalfine (correspondant à NEWS Front) se joignent à nous également.

Nous partons en début d’après-midi pour Proletarsky, le quartier situé au sud-est de Donetsk pour retrouver le centre de réadaptation de Tatiana.

 

Celle-ci nous accueille avec toujours autant de gentillesse. Elle nous donne quelques nouvelles. Beaucoup d’enfants ont retrouvé leurs familles pour les derniers jours de vacances scolaires, elle n’a en charge actuellement « que » 40 enfants. Son établissement peut en accueillir 45, mais il est déjà arrivé qu’ils soient au nombre de 79 au moment où la guerre battait son plein et que les familles peinaient à prendre soin de leurs enfants.

Elle fait son maximum pour que les enfants sans parents directs ne soient pas envoyés dans un orphelinat, et que les fratries restent réunies afin que les enfants puissent continuer à vivre et grandir ensemble.

Installés dans le salon de musique, nous assistons au spectacle. Peu de visages connus, et beaucoup resteront assis sur leurs chaises, le regard triste ou atone. Les âges varient de 4 à 16 ans, la plus grande fille doit avoir 16 ans. Une quinzaine d’enfants, vêtus des jolis habits achetés au mois de juin grâce aux généreux donateurs d’UED, commencent à chanter devant nous.

 

La représentation est filmée par une équipe de Novorossia Today. A l’issue de celle-ci, Emmanuel Leroy est interviewé sur la mission, et questionné sur sa vision du conflit du Donbass. Tout un reportage sera ainsi réalisé sur la vie de l’établissement, puisque Tatiana elle-même est interviewée sur ses missions et soins prodigués aux enfants.

 

 

 

Nous sommes invités à prendre place autour d’une table pour déguster quelques bons petits plats : salades, poissons.., puis nous visitons le Centre. C’est en effet l’heure du réveil des enfants et il est plus aisé de circuler sans les déranger dans leurs activités ou le programme habituel des pédagogues.

 

 

Nous passons ainsi dans plusieurs petites salles, toutes claires, propres et bien entretenues. Les pièces, selon la catégorie d’âge des enfants, ont un but précis. Dans une, il s’agit pour les enfants de colorier et d’écrire leurs pensées et sentiments sur les murs, dans une autre, c’est plutôt pour se délasser à l’aide d’un bac rempli de sable. « C’est, nous explique Tatiana, pour permettre aux enfants d’y passer les doigts tranquillement et de jouer avec les petits personnages en plastique qui se trouvent à l’intérieur. C’est une activité qui les décompresse et les calme surtout les petits ».

 

 

Nous entrons dans la salle de classe et Tatiana nous avoue qu’ils auraient bien besoin de plus de livres scolaires ainsi que de quelques fournitures un peu trop onéreuses pour leur budget, comme des feutres, des crayons de couleur, des stylos etc. Les livres scolaires peuvent être achetés à Donetsk directement. Nous y penserons la prochaine fois ! Elle propose de nous faire une liste exacte pour notre prochaine visite.

 

 

Les dortoirs sont ordonnés selon les âges et : petits, moyens et grands. Les enfants se réveillent tout doucement et finissent leur sieste dans une douce pénombre. L’atmosphère du lieu respire la sérénité. Pas de cri, de bruit, juste des sourires en nous voyant encore parmi eux. Ils ne savent pas encore que nous leur avons apporté un gros goûter gourmand, ils vont être contents !

Il n’y a pas que des dessins d’enfants qui sont accroché au murs : nous retrouvons les affichettes mettant en garde petits et grands des dangers dûs à la guerre :

 

Philippe Khalfine réalisera également une interview à l’extérieur pour News Front, journal pour lequel il travaille.

Interview d’Emmanuel Leroy par Philippe Khalfine

 

Nous quittons nos hôtes et les enfants comme toujours avec le regret de ne pas être restés aussi longtemps que nous l’aurions souhaité. Nous garderons en souvenir leurs regards et leurs joies.

 

Retour à l’hôtel. Nous dînons en compagnie d’Elena, Svetlana, Erwan et Sébastien. Nous serons rejoints plus tard par Marina (Association humanitaire Renaissance du Donbass) et sa fille Sonia puis de Lena. Elles nous proposent demain de nous rendre vers la ligne de front de l’Ouest près d’une mine de charbon (quartier de Trudovski) et de visiter les familles modestes qu’elles aident du mieux qu’elles peuvent avec leur association et les dons d’Urgence Enfants du Donbass également.

 

Lena et Marina

 

Marina nous montre les films qu’elle a réalisés lors de ses dernières tournées, notamment celle avec les fournitures qu’elle a achetées avec l’argent que nous lui avons donné deux mois auparavant. Ils sont disponibles sur le réseau VK, très populaire en Russie et dans le Donbass.

 

1er septembre 2017

Tôt le matin, nous partons en direction de l’hôpital pour réceptionner nos équipements médicaux achetés la veille. Une équipe de Novorossia est présente, ainsi que Christelle Néant de l’agence Donipress. Nous sommes toujours accompagnés de Svetlana Kissileva, Sébastien Hairon, et Erwan Castel.

Le camion arrive avec les livraisons.

 

 

 

Le médecin nous fait une petite visite des locaux, où notre brancard « grand luxe » est déballé à côté d’un ancien modèle qui doit dater de la Grande guerre patriotique. Il se prête de bon cœur à toutes les interviews et photo. Il nous montre les brancards actuellement utilisés et nous dit que le nouveau est la « Rolls » à côté des anciens. Il servira surtout aux patients qui sortiront d’opérations lourdes de la colonne vertébrale et de tout autre traumatisme dorsal. Il est équipé pour cela d’un matelas spécial qui ne blesse pas davantage les patients. Nous passons devant une salle où est entreposée la même armoire réfrigérée que nous avons achetée.

 

 

Excellente interview de la part de Novorossia du médecin avec Emmanuel Leroy puis avec Vladislav Berditchevski, député de la République et correspondant de Novorossia Today que nous avions rencontré en juin dernier avec les élus français lors de la rencontre qui préludait au lancement de la Représentation officielle de la RPD en France.

 

 

 

Le Dr. Vadim nous interpelle également sur un kit qui permet d’opérer les fractures du fémur. Ces instruments sont fabriqués en France (clou intramédullaire fémur) et coûtent 800.000 roubles. Il ne leur en reste plus qu’un seul et en ont un besoin permanent. Nous lui promettons d’inscrire sa demande dans notre agenda afin de mobiliser nos donateurs pour ce futur achat.

A 11h, nous avons rendez-vous avec le ministre des affaires étrangères, Madame Natalia Nikonorova. Elle a souhaité nous rencontrer, alors que notre séjour n’avait aucun caractère officiel, pour avoir de nos nouvelles et si ses services pouvaient nous aider dans nos démarches.

 

 

Nous lui rappelons que nous sommes toujours dans l’attente de nouvelles au sujet des 4 familles que nous avons rencontrées en décembre 2015. Nous avons besoin, vis-à-vis de nos donateurs, de savoir comment a été dépensé l’argent que nous avons versé à ces 4 familles (600 euros chacune) et si les enfants ont pu bénéficier des soins nécessaires à leurs blessures et traumatismes. Il n’est pas nécessaire de les rencontrer, mais au moins d’avoir un mot, une lettre, voire une photo d’expliquer à quoi l’argent a servi. Le ministre nous répond qu’elle n’a pas oublié et qu’elle a transmis des ordres dans ce sens. Ce n’est pas simple, ces rencontres s’étant déroulées avec le ministre précédent (Alexandre Kofman), l’administration a totalement changé et il est difficile de retrouver parfois des dossiers anciens.

Après les salutations d’usage nous retournons à l’hôtel pour retrouver Marina et Lena. Lena est revêtue de son uniforme militaire. En effet celle-ci s’est engagée il y a peu. Nous prenons place dans leur fourgonnette en compagnie de Svetlana, qui, obligeamment, nous aura servi de traductrice durant notre séjour. Nous nous dirigeons en direction du Sud-Est, dans le quartier de Petrovski, vers la mine de Trudova. Mais avant, nous faisons halte dans un marché puis dans un supermarché pour acheter des victuailles qui serviront aux familles que nous allons rencontrer.

 

 

Au marché nous achetons des pommes de terre, carottes et autres légumes de saison pour la somme de 2581 roubles et pour 1162 roubles de friandises diverses. Au supermarché, nous achetons de la farine, du sucre, café, thé, et quelques produits sanitaires et des biscuits pour les enfants. Petit passage chez la marchande de bonbons pour les enfants que nous allons visiter plus tard.

 

 

Nous partons, la camionnette remplie jusqu’au plafond, vers l’extrême limite de la République, car il faut rappeler que la ligne de front est située à la périphérie de Donetsk, ce qui « explique » les fréquents tirs sur les quartiers excentrés du Nord et de l’Ouest de la ville. Nous distinguons au bas des terrils des barrages militaires qui empêchent toute circulation vers la ligne de front située à quelques centaines de mètres plus avant.

Au détour d’une ruelle, nous voyons à travers les grillages les diverses structures mécaniques servant à extraire le charbon, ainsi que les bâtiments administratifs. Quelle tristesse de voir ces machines silencieuses, rouillées et laissées à l’abandon. Le carreau est devenu un terrain vague, le vent y souffle les déchets. C’est la richesse de la République qui sombre lorsque les mines cessent d’être exploitées.

 

 

Nous retrouvons à ce moment Erwan Castel et Sébastien Hairon qui nous attendent.

Nous nous arrêtons devant un cabanon, qui s’avère être l’entrée d’un abri anti-atomique souterrain et datant de la guerre froide. Nous sommes accueillis par une grand-mère vivace, qui appelle ses compagnons d’infortune du haut de l’escalier. Nous voyons émerger du profond escalier (l’abri se trouve bien à 30 m sous terre) une quinzaine de femmes et hommes, étonnés de trouver des « Frantsouz » venus leur rendre visite. Marina et Lena nous présentent. Les sourires et les rires fusent à la vue des paquets des cartons et des sacs remplis de nourriture au fur et à mesure que nous les sortons de la camionnette. Toutes les victuailles sont chargées à dos d’homme, et descendues, avec difficulté par l’escalier sombre qui semble interminable.

 

 

Nous descendons à notre tour et là, quelle surprise. Il s’agit d’une vaste salle commune dans laquelle sont disposés quelques lits épars avec les maigres biens personnels regroupés autour. Une table avec des bancs, de la vaisselle ébréchée. La lumière est faible, mais suffisante pour nous permettre d’apercevoir une frise de peintures tout autour du plafond qui représente des soldats « soviétiques ».  Le reste des murs est à nu, en béton, agrémenté ici et là de tapis. Nous nous habituons au fur et à mesure à la pénombre, et progressons doucement dans l’espace qui se présente à nous.

 

Nous apercevons une pièce à part décorée avec des dessins d’enfants. C’est là que dorment les trois enfants qui vivent ici, mais qui sont absents à l’heure à laquelle nous venons car ils sont à l’école. L’un d’eux a dû être évacué à l’hôpital car un soldat ukrainien lui a tiré dessus depuis le haut du terril voisin.

 

 

Un énorme ballon citerne sert de point d’eau, et le cagibi de toilettes de fortune avec des pots. Il n’y a pas d’eau courante, ni de chauffage.

 

 

La grand-mère qui nous a accueilli nous explique qu’au début du conflit, il se trouvait jusqu’à 300 personnes qui vivaient ici. Puis les gens sont revenus chez eux progressivement, ne revenant que lorsque le conflit se ranimait avec les bombardements incessants. A présent il semble que les habitants se soient faits au danger permanent. Les personnes qui sont restées (17 + 3 enfants) sont celles qui n’ont plus rien, parce que leurs maisons ont été entièrement détruites par les explosions, et se sentent à l’abri dans cette immense cave.

Voici les portraits de ces dignes personnes :

 

 

Nous ressortons par une autre entrée et remontons vers la surface. C’est une bouffée d’air frais que nous respirons à pleine poitrine, émus et ébranlés en voyant les conditions de vie de ces gens. Vivre trois années ainsi, mais qui peut seulement y penser, à la frontière de l’Europe ?

 

 

Nous nous approchons de l’entrée de l’usine, qui semblerait presque normale si ce n’étaient les impacts de balle ou d’obus ayant déchiré les murs. Au loin, une statue criblée de balles. Deux abribus sont situés de part et autre de l’entrée des ouvriers : serviront-ils encore un jour ?

Nous quittons nos babouchkas encore toute émues de cette visite impromptue et qui nous remercient vivement. Nous reprenons la route pour le centre du même quartier de Petrovski, pour aller visiter une famille que connaissent bien Marina et Lena. Marina nous explique qu’elle a fait le choix d’aider les familles qui ne bénéficient pas d’aide de l’État. En effet les établissements de secours (hospices, orphelinats, etc.) recensés et authentifiés comme tels reçoivent régulièrement le soutien du Gouvernement. Malheureusement, les familles qui ont la « chance » de ne pas être dans ces foyers ne sont certes pas laissées à l’abandon, mais reçoivent uniquement les allocations familiales (3,000 roubles environ, pour un salaire moyen de 5,000 roubles) qui ne suffisent pas toujours à assurer le quotidien. Les hommes sont mobilisés sur le front. Les femmes s’occupent des enfants dans l’attente du retour de leurs maris, dans la crainte d’une mauvaise nouvelle, ou d’un tir meurtrier sur leurs maisons.

L’association de Marina est donc essentielle pour ces familles modestes. Le choix d’aider une famille plutôt qu’une autre est souvent compliqué pour elle, car il y en a tant à aider, mais ces visites lui permettent de voir qui a besoin de quelque chose, et de quoi. C’est ainsi qu’elle a jusqu’à présent utilisé les dons de nos donateurs et nous sommes très heureux et fiers de pouvoir l’accompagner dans ses tournées.

Nous nous approchons d’une petite maison modeste entourée d’un potager. Le quartier est pauvre, les routes sont des chemins de terre dans lesquels nous risquons de nous embourber à tout moment. Nous sommes accueillis par Vadim, le père de retour du front pour une courte permission, qui nous invite à rentrer. Cette famille de trois enfants (Macha, Kiril et Tania) est venue de Moscou en 2014, motivée par le combat mené ici. Vadim a été volontaire dès le début du conflit.

 

 

Nous saluons la grand-mère qui, les larmes aux yeux, nous remercie pour la nourriture et le goûter des enfants.  Vadim nous explique qu’à leur arrivée, ils vivaient dans la cave car les bombardements ne cessaient pas dans leur quartier. Ils ont eu la chance de retrouver leur maison intacte, si ce n’est un trou fait par un éclat important qui a traversé le toit et atterri dans la cave.

Nous commençons à déballer les gâteaux, sucreries et jus de fruits sur la table du jardin. Nous sommes rejoints rapidement par une ribambelle d’enfants venus d’on ne sait où, certains accompagnés de leurs mamans. C’est la ruée vers les desserts et chocolats. Quel bonheur de les voir ainsi rire et se chamailler pour un plus gros morceau. C’est une grande joie d’apporter un peu d’amour et de douceurs à ceux qui en sont dépourvus. Une maman en pleurs explique que son mari est à l’hôpital gravement blessé et sans grand espoir de survie et qu’elle demeure seule avec 5 enfants en bas âge. Que faire devant ces malheurs ?

 

 

 

Svetlana rappelle que ceux du camp adverse considèrent les habitants du Donbass comme des sous-hommes, même du temps de l’Ukraine réunie. Ils se sentent supérieurs aux peuples de langue russe. Tout le travail de l’OTAN depuis 1991 a consisté à créer un fossé insurmontable entre les deux Ukraine en enseignant le mépris et la haine envers les russophones. Voilà le résultat.

Nous repartons pour le centre de Donetsk, chamboulés par ce que nous avons vu aujourd’hui. Sur l’idée de Svetlana, nous passons au bureau de poste acquérir quelques planches de timbres de la République. En effet, cela pourrait intéresser des amateurs philatélistes d’avoir des timbres d’un pays en guerre mais qui n’existe pas ? Pour financer nos activités nous proposerons ces prochains jours sur notre site quelques-uns de ces timbres et des enveloppes « premier jour » de la République de Donetsk. En voici quelques exemplaires :

 

 

En soirée, nous assistons à la deuxième rencontre francophone sous forme de dîner-débat, qui se tient à notre hôtel et où Emmanuel Leroy est l’invité d’honneur. Elena Sydorova préside la session en compagnie de quelques étudiants de son Université. Au menu, kvas, zakouskis et plats traditionnels russes et discussion à bâtons rompus sur la guerre (militaire et culturelle) que mène l’occident au monde russe.

Sur ces entrefaites nous saluons nos hôtes car notre départ aura lieu demain matin très tôt. Nous promettons de revenir dès que nous serons en mesure de le faire, et de les aider au mieux.

Merci à ceux qui nous ont apporté leur aide, leur temps et amitiés chaleureuses lors de notre séjour : Svetlana, Elena, Erwan, Sébastien et Philippe. Merci aux équipes de Novorossia Today et Donipress pour les reportages et leurs diffusions.

Merci à Tatiana, Lena et Marina qui vivent tous les jours à Donetsk et qui, sans relâche, continuent leurs missions de générosité quotidiennement.