Journal du Front, 1er novembre 2017

Facebook d’Erwan Castel, 2 & 4 novembre 2017

Journal du front du Donbass, au 1er novembre 2017

 

(nouvelle connexion poussive, nouveau partage d’extraits de mon journal du front, merci de partager sur vos réseaux)

Garde au mur Est, sous une lune blafarde que le vent pudique vient draper régulièrement de nuages, avant garde d’un hiver qui s’annonce rigoureux.

En fin de matinée, inspection de « Bushman » l’adjoint de la compagnie qui accompagne l’arrivée de 3 soldats venus renforcer nos positions. « Bush » est un ancien des Forces Spéciales, vétéran des premières heures de la rébellion du Donbass.

Sa silhouette altière couronnée du béret d’élite révèle un visage exceptionnel qui semble avoir été sculpté dans le granit par un bâtisseur de cathédrale. Son regard borgne et sa barbe suspendue à un sourire permanent et chaleureux lui confère la noblesse d’un roi chevalier revenant victorieux d’un quête impossible au commun des mortels.
Cet homme humble et courtois nous observe avec la profondeur de sa blessure qui semble sonder nos âmes et une bonté de cœur qu’exprime en permanence une foule de petits gestes attentifs et fraternels.

« Bushman » incarne à mes yeux ce guerrier intemporel qui traverse en grandissant les âges autant que les souffrances des combats, serrant dans un poing invincible, hier un glaive, aujourd’hui un fusil d’assaut.
Il est à la fois soldat et rebelle, ces figures jungeriennes qui incarnent l’éthique militaire et la Liberté, ces piliers d’une société humaine saine (avec le « Travailleur » et l' »Arnarque »)

Son calme, son expérience et sa personnalité appartiennent au légendaire des hommes volontaires qui défendent les empires des libertés humaines.

Sinon, l’exceptionnel de le ligne de front devient une routine, rythmée entre services, corvées et repos sur fond de tirs ukrainiens permanents.

Toute proportion gardée notre bâtiment à qui je donne le néologisme de « forteruine » est une sorte de petit Stalingrad. En effet nous occupons l’aile Est d’un ancien bâtiment industriel, et les Ukrops eux, occupent l’aile Ouest. Entre nous, les 60 mètres en ruines de la partie centrale nous sépare, habités seulement par le vol permanent des balles et des grenades. Les murs intérieurs sont devenus des remparts et leurs crevasses des meurtrières.

Après 20 jours passés sur cette position, aux avants postes de la République, le sifflement des balles et le fracas des explosions est devenu étrangement familier au point que ce sont les moments de silence qui nous surprennent.

Ici, sur le champ de bataille du Donbass, nous sommes coupés du reste du Monde, même Donetsk et Yasinovataya ont disparu de notre horizon sensoriel. Par manque de connexion et batterie suffisantes je ne peux aller « surfer » sur l’écume virtuelle d’un monde qui chancelle.

Nous sommes comme les gardiens d’un phare entouré de tempête et d’obscurité et qui ne voient de l’immensité océane que ses ultimes vagues qui viennent se fracasser sur ses rochers et font trembler ses murs.

Erwan Castel

Photo 1 : Bushman
Photo 2 : Sentinelle aux confins de l’Empire.

 

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FRONT DU DONBASS, 01/11/2017

(Profitant de quelques étincelles de connexion je continue de partager ici quelques extraits de mon journal)

Après quelques heures de sommeil léger, plusieurs nouveaux tirs de grenades propulsées griffant notre fière ruine viennent me réveiller.
Dehors, le ciel est bas et lourd d’une première neige qui s’en échappe timidement… 1er novembre, le général Hiver est au rendez-vous !

Malgré quelques tirs persistants, la matinée est calme nous abandonnant aux traditionnelles corvées de bois et de patates sans lesquelles la vie mulitaire perdrait un partie de son charme…
« Mourka », notre mendiante féline rôde autour des feux de notre cuisine, rappelant sana noble présence par des miaulements de comédienne agonisant…

12h00, ma garde au créneau Est reprend en même temps que les tirs de grenades ukrainiennes à la chute desquelles se mêle une neige plus ou moins fondue.

« Mourka » est venue se réfugier dans la chaleur émolliente de ma capuche, m’offrant à l’occasion une écharpe ronronnante bienvenue.

Nouveau moment de silence où la guerre semble être en apnée.

15h18 : 2 grenades propulsées au milieu d’un concert d’armes automatiques touchent à nouveau notre forteresse faisant trembler ses murs.
La guerre a repris sa respiration et le temps son errance entre la Vie et la Mort au tic-tac des explosions.

Peu nombreux sont ici les repères qui peuvent être aisément expliqués et compris par celles et ceux qui n’ont pas vécu un de ces instants, suspendu entre les mondes, entre clarté et obscurité, silence et vacarme. ..

Sur un front en feu, c’est Samhain chaque jour !

Un tir rasant de « zuchka » vient frapper une ruine voisine faisant voler en éclats une partie d’un mur survivant, et confirmant l’efficacité redoutable de ce bitube antiérien de 23 mm reconverti en canon terrestre (ZSU 23/2). Haute cadence de tir et obus explosifs…

Les gardes, repos et corvées s’enchaînent ainsi que les tirs ukrainiens particulièrement énervés sous l’oeil unique et plein d’une lune blafarde.
L’écran obscur d’une nuit de plus en plus pressée nous offre un son et lumière subventionné par les contribuables occidentaux via leur ploutocratie qui perfuse ce régime halluciné de Kiev.

Je me souviendrai certainement longtemps de ce Samhain 2017, hors du temps des Hommes et de l’espace des Dieux, sur le fil d’une ligne des front suspendue entre ligne à neige et le feu !

Erwan Castel

PS : vu les moyens très faibles dont je dispose (connexion et batterie) merci de partager mes posts « front du Donbass » sur vos réseaux.

 

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