Journal du Front, 9 novembre 2017

Facebook d’Erwan Castel, 9 novembre 2017

 

Front du Donbass, 9 novembre 2017

 

(de retour à Donetsk pour 3 jours je publie ici quelques extraits de mon journal du front)

Au milieu de ma garde de nuit, un ukropithèque atteint d’une crise de débilité aigu tire une trentaine de vog (grenades à fusil) en éventail dans notre direction. Tirs venant du néant de l’imbécilité humaine dont la seule efficacité est qu’ils occupent et animent la longue veille aux créneaux démembrés de notre « forteruine »…

Au matin, corvée de troncs qu’il faut aller chercher au pied de la 4 voies et ramener à dos d’hommes à travers le labyrinthe des tranchées jusqu’à notre position où les attend un poêle à bois affamé.
Arrivés près du tas de troncs déposés pour les unités déployées dans le secteur, 3 tirs de mortiers ukrainiens nous rattrapent et nous précipitent à l’abri d’un plis de terrain profond.
Ce retour, rondin en équilibre sur l’épaule, kalashnikov en bandoulière, pieds englués dans les sillons boueux (sans oublier le poids d’un demi siècle passé) est, je l’avoue une expérience intéressante, surtout quand il faut accélérer brutalement (« courir » serait vantardise) à cause d’un tir de mortier ou de mitrailleuse ukrops.

En fin de matinée, nouveaux tirs de mortier ukrainiens vers la 4 voies Donetsk-Gorlovka tandis qu’à l’horizon Nord-Ouest (Avdeevka) tonne à nouveau l’artillerie lourde de Kiev, violant une nouvelle fois les accords de Minsk.

Il n’y a dans ces tirs de l’artillerie lourde ukrainienne aucune cohérence ou logique militaire, mais juste un mode opératoire terroriste servant un objectif politique belliciste et provvocateur. Les derniers bombardements de Donetsk, dimanche dernier, en sont une flagrante illustration.

Quoiqu’il en soit, alors que l’aviation domine les dernières interventions militaires de ce monde post-moderne moderne tissé de guerres multiples, nous assistons, dans ce conflit du Donbass, à un retour du monopole de l’artillerie pour les bombardements.
Kiev emploie de petites unités d’artillerie très mobiles, souvent ne dépassant pas le volume d’une batterie et réalisant des frappes de harcèlement ponctuelles de très courtes durées (15mn en moyenne), très souvent sur des objectifs civils puis, changeant de position avant les tirs de contre-batterie éventuels.

La garde de nuit ce 8 novembre est plus calme hormis ces sempiternels tirs ukrainiens qui, tels des carillons déments, scandent pendant quelques minutes les tours d’une grande aiguille invisible…
En revanche, le froid est passé à l’offensive, appuyé par une bise glaciale et une pluie fine qui le rendent encore plus pénétrant.

Nous sommes bien sur ce « front de l’Est » sauf qu’aujourd’hui, face à la marée des révolutions colorées, coups d’État et guerres asymétriques organisés par les occidentaux contre le monde russe, il est plus juste de l’appeler « le front de l’Ouest » !

Erwan Castel

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