Quand Igor Strelkov rentrait à Slaviansk….

Novorossia Today, 19 avril 2018 (Iraklyi Bergoulava)

Quand Igor Strelkov rentrait à Slaviansk….

 

C’était le 12 avril 2014, c’est-à-dire il y a 4 ans à une semaine près. A cette date, le territoire contrôlé par les insurgés du Donbass, ceux que le pouvoir putschiste de Kiev avait immédiatement qualifiés de séparatistes, voire carrément de terroristes, était fait de petites surfaces autour des bâtiments des administrations régionales de Donetsk et de Lougansk. Ces surfaces étaient cernées de barricades, érigées avec des pneus de voiture et des débris des matériaux de chantier.

Kiev ne l’avait pas pris au sérieux, et toutes ses personnalités officielles déclaraient que d’ici quelques jours, une semaine tout au plus, elles allaient éliminer tous ces « doryphore » (NDT : allusion péjorative aux couleurs du ruban de Saint-Georges que portaient les insurgés). Les forces pro-russes du Donbass disposaient à ce moment-là de ressources dérisoires pour faire face à un pays de 45 millions d’habitants où bouillonnaient les passions du Maïdan et qui bénéficiait du soutien total de l’Occident. On aurait pu s’attendre à ce que la perte de la Crimée rende l’Ukraine plus soudée et assoiffée d’une revanche.

Et voilà que le 12 avril, une info est passée qu’un certain Igor Strelkov (Guirkine), officier russe à la retraite, accompagné de quelques dizaines d’hommes armés s’était emparé d’une petite ville de Slaviansk – la porte d’entrée de l’agglomération de Donetsk et de Makeïevka qui comptait plus de 2,5 millions d’habitants.

Le commissariat municipal de police a été pris en quelques minutes, le dépôt d’armes est passé sous contrôle des hommes de Strelkov. qui ont commencé à les distribuer aux volontaires. Un drapeau russe a été hissé au-dessus de la ville. Les rassemblements de soutien ont commencé.

Durant 3 mois, le petit groupe de Strelkov a retenu l’offensive de l’armée ukrainienne… Sur un autre axe, le groupe d’Alexeï Mozgovoï a sécurisé Lougansk du côté de Lissitchansk. L’ATO (NDT : la soi-disant « opération anti-terroriste ») a été lancé…  où l’armée ukrainienne a décidé de bombarder la ville de Slaviansk avec l’artillerie lourde… le premier sang a été versé. En même temps, les activistes pro-russes à Donetsk et à Lougansk ont obtenu un champ de manœuvre et au bout de deux mois ils ont pris sous leur contrôle la totalité du pouvoir. Dans les villes du Donbass, des organes du pouvoir nouveau ont commencé à se mettre en place, le processus a été lancé… Plus encore, les personnes de l’entourage de l’oligarque Akhmetov soit ont été mis dehors, soit sont passé du côté de la République Populaire de Donetsk qui venait d’être proclamée. De très nombreux représentants du Parti des Régions (NDT : le parti de l’ex-président de l’Ukraine Yanoukovitch) ont été chassés de Donetsk où ils ne peuvent plus rentrer même aujourd’hui et se planquent à Moscou en faisant le tour de débats télévisés. Le pouvoir est passé entre les mains des personnes nouvelles sur qui Kiev ne disposait d’aucun moyen de pression.

En juillet, après que Slaviansk et Kramatorsk avaient été pris par les forces kiéviennes, ces dernières se sont emparées pleinement de l’initiative. Slaviansk était assiégé. Donetsk l’était à moitié. En début du mois d’août, certains observateurs déclaraient ouvertement que leur prise était l’affaire de quelques jours seulement…. C’est là que le fameux « vent du Nord » s’est mis à souffler (NDT : expression utilisée pour désigner des volontaires, ainsi que l’assistance et la logistique venant de la Russie) et c’est plutôt l’armée kiévienne qui a subi une débâcle en quelques jours, les Républiques Populaires de Donetsk et de Lougansk ont pris sous leur contrôle la frontière avec la Fédération de la Russie et, avec la prise de Novoazovsk, ont eu l’accès à la mer.

Aujourd’hui, les deux Républiques Populaires contrôlent environ 17 mille kilomètres carrés de territoire avec environ 4 million d’habitants et une dizaine d’agglomérations importantes. Aujourd’hui, le conflit perdure depuis 4 ans et, selon les données officielles, a fait plus de 10 milles morts. Des centaines de civiles, des femmes et des enfants, ont péri sous les bombardements.

Personnellement, je pense que c’est la prise de Slaviansk par le groupe de Strelkov et des mois de siège avec le sang versé qui fut le point de non-retour.

Je crois que c’est le caractère passionnel de Strelkov que j’ai toujours considéré et considère encore aujourd’hui comme un volontaire et un homme en dehors du système, qui a poussé le conflit vers un clivage grave. Et je n’ai jamais pensé que Strelkov était un pantin du Kremlin.

J’ignore comment cet affrontement à l’Est se terminera. Mais, dans mon for intérieur, je considère que c’est Strelkov d’un côté, et la faiblesse du pouvoir kiévien de l’autre, qui ont permis la création des Républiques Populaires de Donetsk et de Lougansk (RPDL).

Souvent, on compare la situation dans le Donbass avec les conflits en Transnistrie, en Abkhazie et en Ossétie de Sud.

Pour ma part, je vois plusieurs déférences notables. La première, la plus importante, c’est sa population avec une mentalité russe et l’énorme frontière avec la Fédération Russe qui font comme si le Donbass, de fait, en faisait déjà partie. A l’inverse, la réintégration des RPDL en Ukraine sous forme d’une autonomie en ferait un cheval de Troie. Ce qui, en aucun cas, ne pourrait convenir à Kiev et il en est parfaitement conscient ! Ce qui à mon sens, hélas, nous laisse deux scénarios. Les mêmes que dès le début.

Pour Kiev la victoire serait d’écraser les RPDL. Pour les RPDL, la victoire serait de gagner le temps, soit avancer en prenant sous leur contrôle des nouvelles villes (NDT : la solution rendue impossible par les accords de Minsk).

Quelles seraient, selon moi, les actions de la Russie en cas d’une offensive ukrainienne ? Je pense que la Russie apportera une aide considérable et nous verrons se reproduire le même scénario qu’en 2008 (NDT : une agression géorgienne contre l’Ossétie du Sud). Si la Russie n’aide pas, cela entrainera un impact plus important sur la confiance accordée au président Poutine que toutes les actions de tous les partis l’opposition réunies. C’est ce que disent aussi les politologues ukrainiens.

Est-ce que ce conflit pourrait être gelé ? Il l’est déjà en partie. Mais depuis les deux Républiques sont passées à l’usage des roubles, ont adopté les passeports reconnus par la Russie et ont fait du russe leur langue d’Etat. En fait, elles considèrent officiellement la Russie comme leur grande Patrie et le processus de leur rattachement à la Russie continue d’avancer tout en douceur.

 

Traduit du russe par Svetlana Kissileva

Sources