Mission de mai 2018

6ème mission du 10 au 14 mai 2018

 

10 mai 2018

Arrivée à Rostov dans le nouvel aéroport (magnifique) construit à l’occasion de la Coupe du Monde de football que la Russie organise cette année.

Nous sommes accueillis par les chauffeurs du Ministère des affaires étrangères, et convoyés vers Donetsk, sur la route que nous connaissons bien.

Cette mission est un peu particulière car nous avons été invités, ainsi que d’autres délégations françaises et étrangères à participer officiellement à la fête nationale qui célèbrera le quatrième anniversaire de l’indépendance de la République. De ce fait, nous nous retrouvons tous dans le même hôtel pour faciliter les visites officielles et les transferts d’un lieu à un autre organisés par le ministère. Si les premières journées sont consacrées aux festivités de la République, nous n’en oublions pas moins notre but principal : aider les enfants et les familles modestes touchées par la guerre.

A l’hôtel, nous retrouvons les volontaires Erwan Castel et Sébastien Hairon qui ont obtenu une permission exceptionnelle pour accueillir, à l’occasion de l’indépendance et de la venue des délégations françaises (nous n’avons pas eu le plaisir de revoir Philippe Khalfine, qui était retenu par ses obligations). Nous avons le plaisir aussi, de retrouver notre ami Hubert Fayard, représentant officiel de la DNR en France et qui accomplit un travail remarquable pour faire connaître en France la situation dans le Donbass et favoriser les liens entre ces deux pays. Ci-après le lien de la représentation : http://www.donetsk-france.org

 

 

Nous retrouvons aussi avec joie notre correspondante et traductrice, et non moins amie, Svetlana Kissileva, notre guide et soutien fervent dans notre mission humanitaire pour les enfants du Donbass. Nous la remercions pour les articles et la félicitons pour la courageuse action qu’elle réalise jour après jour pour rétablir la vérité à travers son média Novorossia http://nrt24.ru/fr.

Lors du dîner, les volontaires nous relatent la situation et les derniers événements du front. Depuis plusieurs semaines déjà, la vie sur le front était de plus en plus tendue (tirs de snipers, bombardements quotidiens..) et témoignait de la volonté du régime de Kiev de faire monter la pression et de provoquer les forces séparatistes afin de gêner le déroulement de la Coupe du Monde de football prévue au mois de juin en Russie. Parallèlement, la plupart des observateurs avaient remarqué l’accumulation considérable de matériels de guerre dans les zones tenues par les forces de Kiev. La particularité de cette guerre est que la ligne de front se trouve à moins de quatre kilomètres du centre-ville de Donetsk et les volontaires français sont affectés dans la zone de Yasinovataya, une des plus exposées car située sur l’axe de pénétration vers le centre de la capitale.

Avec le recul, et fort heureusement, l’offensive de l’armée ukrainienne n’aura pas lieu, peut-être grâce à l’avertissement lancé par Vladimir Poutine à Petro Poroshenko.

Voici quelques photos extraites du site alawata-rebellion.blogspot.com d’Erwan « Journal du front » :

 

 

 

 

Erwan et Sébastien nous font part de l’invitation que leur chef de corps (le volontaire ossète Oleg Mamiïev, dit Mamaï) nous a adressée car il souhaitait rencontrer et discuter avec les Français venus secourir les enfants du Donbass.

C’est la raison pour laquelle nous sommes conviés à visiter la caserne pour un partage entre les volontaires de la brigade Piatnaschka et les humanitaires d’Urgence Enfants du Donbass.

Malheureusement les nécessités du service, et les urgences au front n’ont pas permis cette rencontre avec le commandant Mamaï et nous le déplorerons, d’autant plus que nous apprendrons quelques jours plus tard qu’il avait perdu la vie dans un bombardement alors qu’il se rendait sur le front.

 

 

 

11 mai 2018

 

Pour honorer les délégations étrangères, les autorités de la République de Donetsk avaient organisé une visite dans le remarquable jardin botanique, véritable curiosité locale, notamment une collection insolite de cactus ainsi que des variétés d’essence rares provenant du monde entier.

 

 

 

Des journalistes nous accompagnaient, notamment Kristina Melnikova, du journal eurasiste en ligne EADaily, qui a interviewé les visiteurs étrangers, dont Emmanuel Leroy, sur les motivations de sa présence dans cette république en guerre. Voici le lien de l’article avec l’ensemble des interviews (en russe) : https://eadaily.com/ru/news/2018/05/16/konflikt-v-donbasse-voyna-protiv-vsey-evropy-razvyazannaya-vashingtonom

Nous sommes ensuite amenés en bus à l’opéra pour assister aux remises de médailles pour services rendus ou actes de bravoure et d’héroïsme pour la défense du Donbass.

 

 

A cette occasion Hubert Fayard recevra une médaille des mains du Président de la République en remerciement de son travail de réinformation réalisé en France.

 

 

Nous faisons connaissance avec le commandant Vladimir Joga, plus connu sous le nom de Vokha, qui a repris le commandement du bataillon Sparta suite à la mort de son illustre prédécesseur Motorola. Pour la petite histoire, son père se bat à ses côtés dans le même bataillon.

 

 

Nous retrouvons avec plaisir les délégations abkhaze et ossète, fervents soutiens de cette république en guerre contre le pouvoir de Kiev depuis le début du conflit.

 

 

Discours du Président Alexander Zakhartchenko qui rappelle à tous l’histoire du pays et qui rend hommage à tous ceux qui ont œuvré pour la défense des valeurs de la jeune république

A cette occasion nous avons le plaisir de retrouver le ministre des affaires étrangères Natalia Nikonorova ainsi que le docteur Oprischenko que nous avions rencontré lors de notre première mission en mai 2015 lorsqu’il dirigeait le centre de traumatologie et qui depuis lors, est devenu ministre de la Santé.

Nous lui demandons un rendez-vous pour le lendemain, afin de l’entretenir de notre nouvelle mission humanitaire et des projets qui nous tiennent à cœur (cf. article FB Urgence Enfants du Donbass).

Nous sommes ensuite tous conduits vers la place du centre-ville, dans la tribune officielle, pour assister au défilé populaire.

 

 

 

Après le défilé, les délégations sont invitées à un autre spectacle populaire dans le célèbre stade du Shaktar-Donetsk, où le Français Renaud Lavillenie fut sacré champion du Monde de saut à la perche le 15 février 2014, soit juste avant le début du conflit, et sous les yeux de son fameux prédécesseur Sergueï Bubka qui s’y était illustré avant lui.

Cette cérémonie s’est déroulée dans un stade noir de monde, où plus de 50.000 personnes sont venues assister aux cérémonies d’anniversaire de l’indépendance marquées par des chants et des danses dans une chorégraphie véritablement extraordinaire qui a enthousiasmé le public.

 

 

 

Après le défilé l’ensemble des délégations étrangères est invité à dîner officiel en présence du Président de la République et de son gouvernement. Nous assistons à un spectacle donné par des artistes de talent avec de superbes danses et chants traditionnels russes et cosaques. Le tout ponctué de nombreux toasts et accompagnés par une cuisine faisant honneur aux produits locaux –sans OGM et sans pesticides, et aux traditions culinaires de la Grande Russie.

Le dîner s’est déroulé dans une bonne humeur ambiante, faisant oublier l’espace d’un instant les atrocités de la guerre.

 

 

Le président se rend à toutes les tables pour saluer ses invité, et, à cette occasion, fécilite tout particulièrement Emmanuel Leroy et l’association Urgence Enfants du Donbass pour le travail accompli depuis 2015.

 

12 mai 2018

Rendez-vous avec les délégations étrangères au Monument aux morts de la Grande guerre, où un hommage est rendu à tous les martyrs du Donbass, symbolisé par une statue de roses en métal.

 

 

Une petite visite guidée des matériels blindés soviétiques, présents devant le monument aux morts, est organisée par un guide habillé en soldat de l’époque soviétique.

 

 

 

Nous sommes ensuite conviés à visiter une école peu ordinaire, puisqu’il s’agit là d’étudier le fonctionnement du chemin de fer. Ces élèves, âgés de 12 à 18 ans, viennent après leur temps scolaire apprendre le fonctionnement du monde professionnel ferroviaire. C’est une école effectivement remarquable comme il en existait plusieurs dizaines à travers l’URSS et que Donetsk a su conserver malgré l’état de guerre.

 

 

Un circuit ferroviaire de plusieurs kilomètres de long a été construit à travers la ville sur lequel circule le matériel fabriqué par les élèves et constitué d’une locomotive et de ses wagons de taille légèrement réduite et adaptée à la morphologie des enfants. Les jeunes étudiants apprennent à tenir tous les rôles : du contrôleur, mécanicien, conducteur, chef de gare..

 

 

 

Les salles de cours sont réservées aux cours théoriques de la signalisation et des règles internationales en vigueur et les enseignants sont tous retraités et issus des professions du rail. Bel exemple de transmission du savoir !

 

 

Nous sommes stupéfiés par ce moyen original et efficace d’enseigner un métier en situation réelle, d’autant qu’il s’agit d’enfants volontaires qui prennent sur leur temps libre le soin d’aller se former. Cette méthode pédagogique, inexistante en France mériterait d’être imitée.

Le directeur de l’établissement nous amène dans une salle où sont disposés quelques objets anciens, pour certains datant de la grande guerre patriotique, et nous sommes accueillis au son de l’accordéon.

 

 

Séance de photos de groupe à la fin de la visite.

 

 

 

Nous nous rendons ensuite au ministère de la santé retrouver le docteur Oprishenko. Celui-ci nous a fixé rendez-vous à l’heure du déjeuner et nous discutons des différents projets que nous souhaitons voir évoluer, notamment la fourniture de médicaments en grosse quantité, tant les besoins sont importants malgré l’aide humanitaire russe qui n’a pas cessé depuis 2014.

Le Dr. Oprishenko nous fournit de bonnes pistes et nous garantit son soutien pour ce projet et nous assure de sa pleine reconnaissance pour le travail accompli dans le Donbass depuis notre première rencontre en mai 2015.

 

 

A l’issue de ce rendez-vous très important, nous partons pour l’hôpital polyclinique ACKB, spécialisé en chirurgie réparatrice, à la rencontre du Professeur Emil Fistal, chef de cet établissement réputé et qui avait été décoré la veille par le Président Alexander Zakharchenko pour sa carrière exceptionnelle.

 

 

Nous sommes accueillis par Svetlana et Nadia, correspondantes de l’association humanitaire de Zakhar Prilepine, célèbre écrivain russe engagé comme volontaire dans le conflit. Nous avions fait sa connaissance en février 2018 lors du Salon du livre russe qui s’est tenu à Paris. Nous avions alors convenu de réaliser la première mission humanitaire franco-russe dans le Donbass.

 

 

 

Nous avons acheté en commun, pour cet établissement du matériel très sophistiqué et onéreux (ballon de contre-pulsion destiné à la chirurgie vasculaire de pointe), que nous avons remis solennellement, ensemble, au Professeur Fistal. A cette occasion, et pour marquer cette première mission franco-russe, toute la presse du Donbass était présente pour immortaliser l’événement.

 

 

 

Le professeur nous emmène visiter son établissement, notamment l’aile réservée aux grands brûlés. Il est difficile pour nous de voir ces enfants en souffrance sans pincement au cœur. Mais nous devons tout de même témoigner de ce qui se passe ici et vous dire que cette guerre n’épargne pas les enfants, même si ceux que nous avons rencontrés sont blessés en raison d’accidents domestiques. Contrairement aux rares articles de la presse occidentale, lorsqu’ils ont la condescendance d’évoquer ce conflit…. Ce ne sont pas que des militaires qui sont visés par les obus ukrainiens. Les civils sont aussi les victimes de cette guerre sans nom. Merci à ses mamans d’avoir accepté que nous prenions leurs enfants en photo .

 

 

Ci-après le lien pour lire l’article dédié à cette mission dans Novorossia Today : http://nrt24.ru/fr/news/photos-vudeo-la-premiere-mission-humanitaire-franco-russe-pour-un-hopital-de-donetsk

 

 

 

Emus et impressionnés par cette visite à ces enfants en souffrance, nous prenons congé de l’équipe du Professeur Fistal qui nous félicite pour cette première opération humanitaire franco-russe réalisée dans le Donbass. Nous lui promettons, ainsi qu’à Nadia et Svetlana, de revenir pour renouveler cette opération dès que nous le pourrons. Réunir les forces de deux associations humanitaires multiplient le bénéfice des actions menées de concert.

De retour à notre hôtel, nous retrouvons nos deux volontaires français qui nous amènent dans les quartiers nord, à la gare de Donetsk qui ne voit plus passer de trains depuis fort longtemps. Celle-ci est contiguë à un marché fort animé et reste un lieu de rencontres important pour les habitants de Donetsk car sa position élevée lui permet de capter le réseau ukrainien et de faire fonctionner les téléphones portables.

 

 

13 mai

 

Nous retrouvons avec joie Marina et Lena, de l’association Renaissance Donbass 2014 que nous retrouvons avec plaisir à chaque mission. En effet celles-ci, malgré leurs contraintes familiales ou militaires (Lena s’est engagée dans l’armée depuis deux ans) continuent d’aider les familles en détresse. Nous nous appuyons sur leur connaissance du terrain pour les suivre dans ces maraudes où nous apportons notre expérience et nos moyens pour soulager la misère des familles qu’elles nous présentent.

Nous partons en direction du supermarché pour acheter des vivres et des jouets.

 

Nous revenons voir nos grands-mères qui vivent dans l’ancien abri nucléaire souterrain près de la mine de Trudovski.

Comme elles ne sont pas averties de notre venue, c’est avec d’immenses cris de joie qu’elles nous accueillent devant la porte de leur abri. Depuis l’année dernière, elles sont moins nombreuses. Ces vieilles dames ont retrouvé des parents qui ont pu les héberger, d’autres sont parties se faire soigner à l’hôpital, d’autres, hélas, ont succombé par manque de soins.

 

 

L’abri est maintenu propre autant se faire que peut, mais il est difficile d’y vivre dans des conditions aussi difficiles et indignes. Mais la peur des bombardements, l’impossibilité de retrouver son foyer détruit par les bombes, obligent ces dames à continuer à vivre ainsi. Mais pour combien de temps encore ces vies fragiles sauront résister à ces conditions aussi terribles ?

 

 

 

Nous repartons en promettant de revenir. Nous nous rendons ensuite, avec Marina et Lena dans le quartier plus au sud de Petrovski, pour retrouver les familles modestes avec de nombreux enfants que nous avons rencontrées lors d’une mission précédente.

 

 

Nous amenions de quoi rassasier les enfants et leurs familles des environs. Pour fêter l’événement, nous avons apporté de quoi goûter tous ensemble, en offrant jouets, bonbons, gâteaux, etc.

 

 

Ce fut un moment de plaisir de partager cette joie. Les sourires et rires des enfants sont un baume au cœur pour leurs mamans qui souvent n’arrivent plus à les nourrir convenablement. La guerre touche les familles par ricochet, en envoyant les maris engagés volontaires loin des leurs. Le montant de la paye ne pèse pas lourd, et suffit à peine à entretenir la famille.

 

 

 

Marina nous remet à cette occasion le document suivant, attestant de l’engagement d’Urgence Enfants du Donbass à ses côtés.

C’est ainsi que se termine notre cinquième mission en République populaire de Donetsk. Nous repartons comme toujours, avec des regrets de n’avoir pas fait plus, mais fiers du travail accompli.