Mission de décembre 2015

2ème mission : 3 & 4 décembre 2015

Suite à notre première mission du mois de mai 2015, et grâce aux dons reçus, il a été possible d’organiser une seconde mission. Fort de nos contacts établis au mois de mai de la même année (Centre de traumatologie, maison de réadaptation pour enfants, ministères…), nous avons mis sur pied un programme dense sur deux journées pleines.

Entre temps nous avons été contactés par le Ministère des affaires étrangères qui souhaite d’une part, faire notre connaissance et d’autre part, envisager une éventuelle collaboration avec des associations humanitaires déjà actives dans le Donbass. Il souhaite, par exemple, nous faire rencontrer des familles modestes dont les enfants ont été gravement blessés. Les soins nécessaires à leur rétablissement et au maintien des parents à leur chevet ont un coût que les familles ne pourront pas supporter. Toute aide extérieure sera la bienvenue pour eux.

Arrivée et passage à la frontière le jeudi 3 décembre. Nous sommes pris en charge de l’autre côté par Olga, la chef du service des réceptions des délégations étrangères au Ministère des affaires étrangères et par Raïssa, notre traductrice qui nous avait tant aidé lors de notre premier séjour. Celle-ci déborde d’énergie et d’émotion de nous retrouver et de nous accompagner à nouveau dans l’aventure.

Olga, nous dit Raïssa, est une combattante de la première heure, ayant rejoint le front pendant des mois pour s’y battre. La route est toujours aussi mauvaise qu’en mai, mais des travaux sont en cours pour y remédier. Nous arrivons à Donetsk au bout d’1h30, et prenons possession de notre chambre à l’hôtel Stolychny sur les recommandations du Ministère qui nous prend en charge.

20 minutes plus tard nous sommes conviés à rencontrer Vassili Vassilievitch Pitchougin (vice-ministre du MAE), qui nous reçoit dans son bureau et qui souhaite connaître le fonctionnement de notre association et la provenance des fonds que nous apportons. Nous expliquons le fonctionnement des appels de fonds à nos donateurs français. Nous insistons sur le fait que l’association ne perçoit aucune subvention de la part de l’Etat français ce qui lui procure à la fois neutralité, indépendance et liberté d’action. Nous précisons que la philosophie de l’association est exclusivement dirigée en faveur des enfants.

Nous lui demandons quelle est la procédure si nous choisissons de donner de  l’argent aux institutions que nous avons choisies, plutôt que du matériel (ce qui est le cas pour cette mission, trop courte pour avoir le temps d’acheter quoi que ce soit).

Le vice-ministre nous explique qu’il sera nécessaire de déposer l’argent (5.000€) à la banque nationale de Donetsk, seule institution bancaire subsistant dans la République.

En ce qui concerne la somme destinée aux familles des 5 enfants (600 € pour chaque famille), et que nous verrons d’ici 1 heure, le vice-ministre nous annonce qu’un des enfants a été pris en charge par une autre association et ne fait plus partie de ce projet, et qu’un quatrième doit rester à l’hôpital ce jour, aussi nous ne verrons ses parents que le lendemain.

Nous nous rendons dans une autre pièce jouxtant le bureau du vice-ministre pour y rencontrer des représentants d’organisations (dont l’association des droits de l’homme de la RPD) et nous sommes rejoints par le premier adjoint du ministre des affaires étrangères, Mikhail Mnoukhine.

 

 

Discours de bienvenue de la part des autorités et d’Emmanuel Leroy qui veut rendre hommage au peuple du Donbass totalement oublié des médias occidentaux. Celui-ci insiste sur le fait qu’en France, les gens sont sensibles à leurs souffrances et beaucoup souhaitent les aider dans ce combat qui est juste. Eleonora F., représentante de l’association des Droits de l’homme prend la parole et évoque deux expositions de dessins d’enfants qui se tiennent en France à cette date (Chatenay-Malabry et Lésigny) puis se rendront en Italie. Elle souhaite que ces expositions servent à raconter à tout le monde la vie réelle dans le Donbass, car il est important que les peuples d’autres pays prennent connaissance de la réalité de la situation. Depuis le début du conflit elle estime le nombre d’enfants tués à 118, et 313 blessés. La situation économique est difficile et les parents ne peuvent pas tout faire, c’est la raison pour laquelle elle nous remercie d’être venus apporter de l’aide et témoigner qu’ils ne sont pas oubliés par les Français.

Sur ces entrefaites les familles pénètrent dans la pièce. Il s’agit des familles de Denis (né en 2001) déchiqueté par un obus, de Nazar (né en 2004) ayant eu sa jambe fracturée et le corps criblé d’éclats d’obus,  d’Andreï (né en 2009) blessé sévèrement à la tête par un obus, et enfin d’Artëm (né en 2008), blessé et brûlé, dans un état critique et nécessitant des soins intensifs dont une transplantation de la peau, mais que nous ne verrons que le lendemain.

 

 

Nous remettons les enveloppes aux parents. Ceux-ci donnent des nouvelles des derniers soins prodigués à leurs enfants, et racontent combien il est difficile pour eux de supporter au jour le jour leur souffrance. La guerre et les privations qui vont de pair ne facilitent pas la vie quotidienne. Les familles se retirent, après avoir exprimé leur gratitude. C’était un grand moment d’émotion pour tous.

Nous proposons, avec la permission du ministère, de pouvoir accompagner ces enfants à l’avenir, afin de pouvoir donner des nouvelles régulièrement aux donateurs français, et de mettre en place une sorte de parrainage à distance. Ils en sont d’accord, tout en précisant qu’il y a bien d’autres enfants en RPD à aider. Nous expliquons qu’il est néanmoins important pour notre association de pouvoir présenter les actions entreprises et concrètes grâce aux dons. Il faudrait que nous ayons la possibilité de revoir ces enfants et leurs familles, avec bien entendu l’accord du MAE, afin de connaître les améliorations des soins délivrés. Cela nous permettra également de parvenir à une clarté complète sur l’argent confié à ces familles. A suivre !

Comme convenu, M. Vassili Vassilievitch Pitchougin nous présente les deux premières associations qui travaillent à Donetsk et avec lesquelles il pourrait être envisageable de collaborer. L’équipe du ministère restera présente tout au long des présentations des différentes associations.

Il s’agit tout d’abord de Renaissance du Donbass 2015, représentée par Marina et Youri. Ils présentent leur association qui fonctionne sur trois axes principaux : les familles nombreuses, les mamans isolées et les orphelins. Ils conservent un dossier complet pour chaque demande d’aide qui est faite et dans lequel sont rassemblées les photocopies des papiers prouvant que les conditions sont réunies pour mériter leur assistance. Un registre est tenu à jour, avec les noms des familles, les dates, ainsi que les sommes ou matériels qui leur sont alloués.

 

 

Ensuite c’est le tour d’un fonds international basé à Moscou, représenté par un médecin, le Dr. Elizaveta Glinka, alias Docteur Liza, tragiquement disparue en mer Noire durant l’hiver 2016 dans l’avion qui l’amenait en Syrie avec le chœur de l’Armée rouge. Nous leur expliquons également notre démarche, c’est-à-dire comment notre petite association peut leur venir en aide dans leur entreprise. Leur activité principale consiste à évacuer les enfants les plus gravement atteints vers la Russie car il n’y a pas assez de médicaments en RPD en raison du blocus. Elle rappelle qu’ici naissent des enfants avec des problèmes nerveux qui exigent des soins impossibles à fournir sur place. Elle prend en charge des enfants atteints de pathologies lourdes, et même parfois mourants. Car, dit-elle, il y a toujours l’espoir. Elle dispose à Moscou d’une maison d’accueil pour y loger les familles gratuitement le temps des soins pratiqués. Ils ont évacué en deux ans 350 enfants et accueilli 13 familles. Nous comprenons qu’il sera difficile d’apporter une aide concrète à ce fonds humanitaire car nous ne pourrions répondre à leurs besoins exprimés, comme leur verser de l’argent directement ou acheminer des enfants vers la France : notre organisme est une petite association qui dispose de peu de ressources humaines, exclusivement bénévoles, qui ne sont pas des professionnels de l’humanitaire et sans infrastructure.

Fin de cette première journée.

Vendredi 4 décembre 2015

Nous sommes amenés à la banque, où après de longues formalités administratives nous déposons 5.000 euros, ce qui représente un montant de 330.000,00 roubles.

 

 

Départ vers l’orphelinat avec l’équipe du Ministère (attachés de presse, attachés ministériels) et Raïssa.

Sur le chemin nous constatons que la ville a un peu changé depuis le mois de mai. Les marchés sont ouverts, les magasins aussi, et les rues sont nettoyées de leurs décombres. Nous avons plaisir à retrouver le magasin juste à côté de l’orphelinat pour y faire le plein de sucreries. A peine arrivés devant l’établissement, nous entendons clairement le bruit de pilonnage d’obus.

Nous sommes à nouveau chaleureusement accueillis par Tatiana. Il fait froid dans le bâtiment : la chaudière est effectivement en panne, ainsi qu’elle nous l’avait annoncé au mois de mai. Nous sommes dirigés vers son bureau pour y déposer nos affaires.

Nous montons de suite au premier étage et sommes accueillis par les enfants. Ils sont beaucoup plus nombreux que la dernière fois (un peu moins d’une trentaine). Nous reconnaissons certaines têtes.

 

 

Le spectacle débute. Les enfants racontent leurs histoires, celle de leur pays et combien ils y sont attachés. Les tableaux se suivent et chacun nous serre le cœur. Il est impossible de rester insensible devant tant de souffrance, récitée avec simplicité et une petite voix.

Nous sommes tous sous le choc des saynètes et des chants patriotiques, entonnés avec ferveur. Une jeune fille, au moment de raconter son histoire, fond en larmes. Elle a vu sa maman mourir sur le balcon de son appartement, alors que celle–ci lui demandait justement de ne pas sortir en raison des bombes qui s’abattaient sur leur quartier.

 

 

Tatiana nous fait cadeau d’une douille de fusil depuis laquelle des perles tendues sur du fil de fer forment une fleur : que ce symbole vous rappelle notre pays, dit-elle : la douille pour la guerre qui nous frappe et les fleurs pour l’avenir de paix que nous attendons.

 

 

Nous lui remettons officiellement le reçu de la banque avec le montant de la somme récoltée grâce à la générosité de nos donateurs.

Après quelques séances de photos et beaucoup d’effusions, nous retournons vers le bureau de Tatiana pour prendre le thé pendant que les enfants se reposent.

 

Celle-ci nous explique que l’argent donné servira à rénover certaines installations du bâtiment, ou à acheter des radiateurs électriques. Ils n’en ont que quatre pour l’ensemble de la maison d’accueil, ce qui est insuffisant. Mais il servira surtout à acheter des produits de première nécessité notamment la nourriture. La viande est essentielle pour assurer la croissance des enfants, et celle-ci est hors de prix. Ils ne sont pas en mesure actuellement de pouvoir en donner suffisamment.

La visite s’achève sur de nouvelles promesses d’un prochain retour dans son établissement. Nous avons quelques idées d’affaires à rapporter, comme des produits de première nécessité (savon, shampooing, lessive), ou des  tenues noires et des hauts blancs pour les spectacles. Éventuellement les amener faire les courses, mais dans quel magasin ? Rien n’est simple ici et nous devrons à chaque fois nous adapter aux situations sans pouvoir prévoir grand-chose.

Nous rejoignons le Ministère des affaires étrangères pour poursuivre les entretiens avec les associations de la république de Donetsk.

Nous recevons la troisième association Donetsk Raduzhniy qui peut se traduire par : La joie dans l’arc-en-ciel de Donetsk. Elle est représentée par un couple. Elle fonctionne sans fonds directs, en organisant la mise en relation de bénévoles ayant certaines compétences afin de venir en aide à ceux qui en font la demande (psychologues, enseignants, plombiers, etc.).  Ils travaillent en relation étroite avec le Ministère des Affaires sociales. Il s’agit concrètement d’un réseau de volontaires souhaitant se rendre utiles.

A la fin de cette présentation, le ministre des affaires étrangères en personne, M. Alexander Kofman, souhaite nous rencontrer et nous prie de le rejoindre dans son bureau. Il nous remercie tout d’abord pour les actions menées grâce aux donateurs français qui ne les oublient pas malgré le silence des médias occidentaux. Il demande quel but nous poursuivons ; à cela il est répondu qu’il s’agit avant tout d’aider les enfants orphelins ou dont les parents ne sont plus en mesure de les éduquer de manière convenable. L’entrevue cesse car le ministre est appelé par le Président. Il nous rejoindra plus tard pour la conférence de presse.

Nous voyons à présent l’association Dobrota (la bonté), représentée par Yakov R.. Il s’agit du Rotary Club. Il dispose du réseau européen pour lui fournir des aides, notamment alimentaires.

Ensuite nous recevons Irina, venue nous présenter Dobrodeya : assistance aux souffrants de la guerre.

Elle explique que l’association regroupe des médecins, qui se sont unis pour partir au front alors que la guerre battait son plein. Ils disposent de leur propre unité d’urgence et partent dès que le besoin s’en fait sentir. Ils secourent en priorité les maisons de retraite, les hôpitaux et les maisons sociales pour enfants. Elle montre un cahier de photos des actions menées. Son mari est décédé lors de la bataille de Debaltsevo (il était conseiller départemental à Donetsk et commandant d’une unité). Elle nous remercie de venir dans son pays pour aider les gens, car il y en a tant et toujours plus qui se retrouvent sans rien. Elle nous parle d’une maternité située dans les environs de l’aéroport qui continue de fonctionner avec un trou dans son toit. Les bébés naissent à ciel ouvert !

 

 

Suit l’association Pour le futur des enfants, représentée par Svetlana. Elle s’occupe de familles en souffrance (maisons détruites, habits, nourriture) grâce à des donateurs. Ceux-ci sont des gens modestes de Donetsk ou de la région qui offrent ce qu’ils peuvent. Depuis quelques temps ils ont des difficultés à fournir le nécessaire pour les tout-petits : couche-culotte, petits pots, lait maternel, car les gens possèdent si peu qu’il devient difficile de donner.

Fin de l’entretien.

Nous sortons vidés de tous ces témoignages et de ces demandes d’aide. Impossible de les aider tous, un choix cornélien devra être fait.

Arrivent finalement les parents du 4ème enfant. Il s’agit du petit garçon qui doit subir plusieurs greffes de peau suite à des brûlures très graves sur le corps.

 

 

A la fin de la journée, le vice-ministre Vassili Pitchougin nous remercie encore une fois pour notre venue, et de pouvoir témoigner aux habitants de la république de Donetsk qu’ils ne sont pas oubliés par le peuple français. Nous avons également un devoir de suivi avec les quatre enfants, aussi bien du côté de nos donateurs que du côté de leurs parents.

Début de la conférence de presse. Tatiana et son adjointe nous rejoignent, ainsi que des journalistes TV et le ministre Alexander Kofman. Nous remercions pour l’accueil qui nous a été réservé et qui nous permet de témoigner qu’en Europe en 2015, hélas, il y a encore des femmes et des enfants qui meurent sous les bombes. Nous résumons nos deux journées en évoquant les associations humanitaires rencontrées, et que certaines, pas toutes hélas, auront notre soutien pour aider les enfants en souffrance. Nous rappelons qu’en Occident pratiquement aucune information concernant le Donbass n’est diffusée : dans nos pays règnent le mensonge et la dissimulation. Les seules informations évoquent l’invasion de l’Ukraine par la Russie, et ils sont bien placés pour savoir que c’est faux. Nous espérons rétablir quelque peu la vérité en témoignant en France de ce que nous avons vu.

 

 

C’est au tour de Tatiana de s’exprimer et celle-ci témoigne de notre action dans son établissement. Elle nous remercie chaleureusement de notre venue qui les encourage à continuer le combat. Les journalistes demandent quels sont nos projets pour diffuser l’information. Briser le mur du silence est la principale difficulté. Les médias ne parlent pas du Donbass, ou mentent à son propos. Il est clair que pratiquement aucun journaliste occidental n’a fait le déplacement pour venir enquêter sur ce qui se passe réellement ici et les rares qui sont venus ont servi la soupe aux médias de grand chemin pour lesquels ils travaillent.

 

Le ministre Alexander Kofman prend la parole et conclut en nous remerciant vivement. Il remet à Emmanuel Leroy un palmier, symbole du Donbass ainsi qu’une lettre officielle de reconnaissance du Gouvernement.

 

 

Fin de la seconde mission.