Mission de juin 2017

4ème mission du 24 au 27 juin

 

Nous voilà repartis pour la quatrième mission en République populaire de Donetsk.

Nous avions cette fois la possibilité de faire transiter via Moscou 300 kilos de vêtements qu’on nous avait donnés. Forts de notre précédente expérience en mai 2016 qui nous avait coûté très cher en fret excédentaire nous avions trouvé la solution avec Aeroflot qui acceptait d’affréter cette cargaison gratuitement si et seulement si nous réservions sur les mêmes vols, de manière à prendre en charge la marchandise entre les deux vols à Moscou et également dès son arrivée à Rostov.

Seulement voilà le Ministère des affaires étrangères de Donetsk nous a informés, mais trop tard, qu’il ne saurait nous trouver des véhicules adaptés au transport des marchandises ce jour-là. Conclusion de l’opération : nous avons payé nos billets au plus haut prix, et les vêtements sont restés en France. Quel gâchis.

A quand la bonne solution pour le fret ?

Mais nous n’arriverons pas les mains vides, puisque, grâce à la générosité des donateurs nous disposons de 6.000 euros que nous pourrons distribuer entre le Centre de traumatologie, l’association de Marina et l’orphelinat de Tatiana.

Nous sommes cette fois accompagnés de Kris Roman, rencontré le mois précédent lors d’une conférence à Chisinau (De l’Atlantique au Pacifique : pour un destin commun des peuples eurasiatiques), parfait locuteur de langue russe qui a bien voulu nous servir bénévolement de traducteur pour cette mission.

Nous arrivons à Rostov le samedi 24 juin. Nous sommes attendus par deux chauffeurs, dont Andreï que nous connaissons depuis l’année dernière et un second, qui s’appelle également Andréï.

Nous partons avec ce dernier, le premier Andréï devant attendre une autre délégation française avec laquelle nous passerons le séjour, composée de trois élus locaux : Christiane Pujol accompagnée de son mari Marc, Christian Borelli et Hubert Fayard. C’est la première fois que la République populaire de Donetsk reçoit officiellement des élus locaux français. Il s’agit en effet pour eux trois de témoigner de la situation réelle du pays et surtout de la mise en place à leur retour de la Représentation officielle de Donetsk en France.

La route vers Donetsk est toujours aussi agréable. La campagne est belle, les champs s’étalent à perte de vue. Difficile de comparer avec les souvenirs de notre premier voyage où nous voyions plus souvent des arbres calcinés et des terres ravagées par les passages des chars ou les cratères des obus. Mais nous n’oublions pas que le front reste proche et que les combats ont lieu tous les jours à quelques kilomètres de là.

Nous laissons la délégation à leur hôtel pour nous rendre au centre-ville vers un établissement plus modeste mais agréable et aux tarifs plus raisonnables et conformes à notre mission (20 euros la nuit).

Sur place nous faisons la connaissance de Vladislav qui sera notre correspondant avec le Ministère. Celui-ci nous fournit le programme des deux prochaines journées, qui est le suivant :

Dimanche 25 juin : rendez-vous avec le ministre, visite de quartiers bombardés.

Lundi 26 juin : visite du centre de traumatologie, visite à l’orphelinat, interview à la chaîne Oplot, conférence avec des députés, conférence de l’Institut technologique.

Concernant les achats pour l’hôpital et l’orphelinat il dit avoir une liste d’affaires à acheter, et nous propose deux horaires possibles pour faire les magasins le lendemain.

Nous rejoignons la délégation des élus français à leur hôtel et dînons en bonne compagnie avec Svetlana Kissilova de Novorossia Today, Erwan Castel et Philippe Calfine de l’agence News Front. Elena Sydorova, la rectrice de la Faculté de technologie nous y rejoindra également.

 

Nous faisons tous aimablement connaissance autour du repas et la discussion débouche invariablement sur le conflit qui gronde ici et l’incompréhension du mutisme de nos médias sur ce qui se déroule dans le Donbass. Nous commentons également le programme qui nous est présenté notamment la visite des quartiers nord de Donetsk avec Erwan qui sera notre guide. Il s’agira en effet de voir l’état effrayant de cette partie excentrée et de partir à la rencontre de certains de ses habitants. C’est une zone située à moins de deux kilomètres du centre-ville pimpant et lumineux, ce sera pourtant un autre monde. La soirée s’achève et nous nous fixons rendez-vous pour demain matin.

 

Dimanche 25 juin

Au petit déjeuner nous convenons de diviser la somme en trois parts, sachant que nous avons obtenu au bureau de change 387.000 roubles pour 6.000 euros, ce qui n’est pas un très bon taux (on tâchera de le faire à Moscou la prochaine fois). Il n’y a toujours pas de banque en RPD (sauf la Banque nationale) aussi nous nous sommes dirigés vers l’unique bureau de change que nous connaissons, situé dans une épicerie du centre-ville.

  • L’orphelinat : 2.000 euros ;
  • Marina : 1.000 euros ;
  • Le centre de traumatologie : 3.000 euros.

Nous aviserons lors des achats des montants exacts, cela dépendra de ce que nous devrons acheter. Le centre de traumatologie ayant besoin d’équipements médicaux spécifiques car ce sont souvent des matériels onéreux dont ils ont un besoin urgent, et vital, et en conséquence de cela nous pensons leur faire don d’une somme supérieure aux deux autres institutions.

Notre chauffeur Andréï vient nous chercher avec Vladislav pour aller voir certains magasins en vue des achats à faire. Seulement voilà, c’est dimanche. Le chauffeur râle déjà car c’est un jour de repos pour lui et de plus il s’avère que la liste n’est pas très précise. Par exemple il est mentionné « outils chirurgicaux »..  C’est bien vague pour nous !

Nous décidons d’arrêter les frais pour aujourd’hui et de reporter au lendemain les achats nécessaires. Tant pis pour le programme du ministère, nous tâcherons de trouver du temps pour cela.

Nous nous rendons au Ministère des affaires étrangères pour l’entrevue avec le ministre Natalia Nikonorova. Après les salutations d’usage nous lui présentons les objectifs de cette quatrième mission et comment nous envisageons de distribuer la contribution financière importante de 6.000 euros, collectés auprès des donateurs français. Cette somme sera distribuée entre trois institutions de la République pour lesquelles nous irons effectuer des achats sur place : le centre de traumatologie, le centre de réadaptation pour enfants de Tatiana et l’association de Marina « Renaissance du Donbass ».

Le ministre s’interroge avec justesse sur le temps nécessaire pour effectuer tous ces achats et si nous aurons le temps de mener à bien nos projets. Elle nous promet toute son assistance pour y parvenir.

 

Nous reprenons la discussion débutée l’année dernière concernant l’accréditation officielle d’Urgence Enfants du Donbass, qui donnera plus de représentativité à l’association dans le Donbass, et facilitera nos déplacements dans le pays mais également pour s’y rendre.

Le ministre est désolé car elle pensait que nous avions déjà débuté les démarches depuis l’année précédente. Elle s’enquiert auprès de son assistante pour réunir des membres de cette commission (qui est indépendante du ministère) afin qu’ils puissent nous rencontrer et nous expliquer la démarche durant notre séjour.

Nous la remercions vivement. Nous lui informons également de l’ouverture imminente du site entièrement dédié à notre action à Donetsk https://urgence-enfants-donbass.fr qui, outre les compte-rendus de nos missions, présentera régulièrement des actualités sur le conflit en cours. Pour ce faire nous cherchons des correspondants sur place qui pourront alimenter le site sur la situation réelle du Donbass.

Nous lui demandons également si à tout hasard il serait possible à présent d’ouvrir un compte bancaire au nom de l’association à Donetsk pour éviter de se déplacer avec l’argent des donateurs sur soi. Cela permettrait d’une part de pouvoir laisser un peu de liquidité pour répondre à des urgences qui nous seraient signalées par les institutions que nous soutenons, et d’autre part de financer notre correspondant sur place. Elle pense que cela peut être envisageable sous certaines conditions, entre autre l’accréditation car il ne faut pas oublier les sanctions occidentales qui interdisent toujours les transferts d’argent.

Nous présentons à présent la maquette du site UED.

Le ministre nous présente à son tour un site qui s’appelle 101LIFE. Il s’agit d’une exposition assortie d’une pétition en ligne mises en place par le gouvernement de la DNR. Ils souhaitent parvenir au total de 10.000 signatures. La ministre demande s’il est possible de faire un lien sur notre site pour cette pétition, ou tout au moins que nous en fassions la publicité. La République prépare en effet les documents pour les déposer à l’ONU (droits de l’homme). Nous acceptons bien évidemment cette collaboration.

Le lien a été mis sur le site mais ne semble plus fonctionner depuis la mise en ligne de ce compte-rendu.

Le ministre nous fait part ensuite de la future création d’un centre de représentation de la RPD en France, dont le représentant accrédité sera Hubert Fayard. Ce centre aura la lourde tâche de ré-informer les Français sur les événements de la République, et c’est un grand pas en avant dans la politique de ré-information nécessaire pour contrecarrer le silence des médias occidentaux. Cela devrait également faciliter nos venues dans la République.

Le ministre nous rapporte ensuite la situation difficile vécue par les habitants des villages limitrophes du front. Ceux-ci en effet subissent de plein fouet le quotidien de la guerre.

La RPD a créé un programme d’unification humanitaire qui regroupe plusieurs missions en vue d’assister les habitants : du point de vue écologique, économique, éducatif, sanitaire, pas seulement de ce côté-ci de la frontière mais en zone ukrainienne également. Le Gouvernement de la République souhaite en effet étendre ces missions humanitaires à l’ensemble des habitants du Donbass.

La République ne veut pas les oublier. Le Gouvernement mène déjà quelques actions pour remédier aux situations les plus difficiles. Ainsi ce fonds humanitaire regroupe des médecins, des enseignants, dans le but de soulager les populations.

Le ministre nous informe qu’ils ont besoin de spécialistes en écologie, car il y a des usines polluantes. Les spécialistes sont actuellement en RPD mais une partie des usines sont de l’autre côté de la frontière. Nous souhaiterions les prévenir des risques d’accident. Les autorités locales tentent de reconstituer un fonds unitaire du Donbass qui va aider les gens qui en ont le plus besoin. Elle nous propose, dès notre accréditation obtenue, de nous associer avec ce fonds d’aide pour optimiser la politique d’assistance aux personnes les plus démunies.

Nous manifestons notre intérêt pour ce projet en précisant que nous ne pourrons le soutenir que dans le cadre spécifique de l’assistance aux enfants du Donbass.

Nous lui reparlons des quatre familles vues au Ministère en décembre 2015 et à qui nous avions remis une grosse somme d’argent (600 euros par famille) afin qu’elles puissent donner les soins nécessaires à leurs enfants sévèrement blessés et procéder aux opérations importantes. Malheureusement elle n’est pas au courant de cette affaire, mais propose de s’en occuper personnellement. A suivre.

Nous nous quittons sur ces mots et la remercions à nouveau pour l’aide précieuse apportée à notre action humanitaire.

 

Nous avons rendez-vous à 14h avec Erwan Castel pour une visite des quartiers Nord et Nord-Est de Donetsk. Ceci afin de témoigner de la situation de cette zone de la ville, car si depuis 2014 le centre-ville a été réhabilité, la zone de la ligne de front est toujours sinistrée. Contraste étonnant entre le centre-ville qui ressemble à n’importe laquelle de nos villes et ces quartiers excentrés qui nous font penser à Stalingrad.

Nous partons à trois voitures (les deux délégations françaises, Elena de la Faculté technologique, Svetlana de Novorossia et Philippe Calfin qui filmera pour l’agence News Front) et partons pour le quartier Kyivskyi, situé au sud-ouest de l’aéroport de Donetsk. L’aéroport, lieu de combats féroces depuis le début du conflit est toujours en ruine. Les quartiers environnants ont subi des bombardements quotidiens, qui se poursuivent encore à l’heure actuelle. Des maisons détruites jalonnent notre circuit. Les murs présentent des impacts de balles, les toits sont défoncés. La chaussée est encombrée des détritus jetés çà et là par les habitants : morceaux de murs, clôtures, réverbères, arbres calcinés, charpentes.

 

 

Nous faisons halte sur l’avenue Kremlivskyi qui subit depuis l’entrée en guerre, le 26 mai 2014, des bombardements réguliers. Pour quelle raison ? Ici il n’y a que des civils, aucun bâtiment administratif ou d’infrastructure militaire. Ces pilonnages créent une véritable angoisse chez les habitants, néanmoins la plupart sont restés malgré le danger. Et ceux qui ont fui, reviennent. En 2015, le marché a été complètement détruit, et le dernier bombardement date du 13 juin 2017, soit il y a 15 jours. Fort de son expérience sur le terrain (trois ans déjà), Erwan nous explique qu’il y a eu 6 tirs directs de char (il nous montre les trous formés sur l’immeuble) et des salves lancées « au hasard ».

 

Nous nous recueillons devant des stèles funéraires posées en souvenir des 400 habitants du quartier morts depuis le début du conflit, dont de nombreux enfants.

Nos pas nous mènent vers un îlot d’immeubles modestes, des immeubles comme on peut en voir dans nos villes. Ceux-ci forment un rectangle au milieu duquel se trouvent une cour arborée. Des jeux d’enfants sont là, à l’abandon et la rouille recouvre les balançoires que plus aucun enfant n’utilise. Nous voyons des trous dans les murs des étages supérieurs qui sont tombés à terre, montrant à nu les salons, les chambres, à travers les débris de briques qui forment un puzzle macabre autour de l’impact des tirs d’obus qui ont touché les immeubles. Nous voyons les amas de détritus à terre, la tôle broyée de l’armature dévoilant les tableaux, meubles de l’intérieur de ces habitations dans lesquelles les habitants continuent néanmoins de vivre, malgré tout. Pourquoi tant d’acharnement de la part des troupes ukrainiennes à combattre les leurs ? À détruire les maisons des civils qui ne souhaitent qu’une chose : que les combats s’arrêtent ? On ne peut que s’interroger sur la vigueur et la force qui motivent ce peuple à résister depuis tant de mois. Au pied des immeubles, entre les portes d’entrées vers les escaliers qui mènent aux étages nous voyons des jardinets de fleurs et de légumes entretenus. La vie continue et les fleurs éclosent sur les décombres.

 

 

Nous poursuivons notre route vers la zone encore plus touchée d’Oktyabrskyi, à savoir l’une des 25 zones régulièrement visées par les ukrainiens. Juste au nord il y a la route qui relie Spartak et Speski, détruite à 80% et proche de la zone aéroportuaire.

Nous passons devant un gymnase scolaire du centre Delphin dont toutes les vitres ont éclaté sous la force du souffle des explosions.

 

 

Nous continuons notre route plus au nord, il s’agit de la route qui mène vers le monastère d’Iversky, qui longe un cimetière rempli d’herbes folles. Cette zone est devenue symbolique dans la guerre du Donbass. Ce monastère accueillait une communauté de sœurs qui sont restées sur place malgré le danger. Elles ont dû néanmoins quitter leur sanctuaire à la demande des autorités et ont retiré les objets sacrés pour les mettre à l’abri des bombardements permanents.

 

 

Nous stationnons devant le cimetière et allons à pied sur le chemin au bout duquel nous apercevons ce qui reste de l’église. Ses murs sont restés debout mais le dôme laisse entrevoir la structure métallique qui le forme. Les vitraux sont détruits. L’état des bâtiments annexes qui devaient abriter la communauté laissent imaginer la violence des combats qui ont dû se dérouler ici. Au loin, entre les édifices religieux nous apercevons ce qui reste de la tour de contrôle de l’aéroport : une ruine de béton et de ferraille.

 

 

Erwan nous met en garde sur le danger qui rôde et nous invite à suivre certaines recommandations. En effet c’est une zone où les snipers des deux camps sont présents et il est certain que tous savent déjà que des civils -étrangers qui plus est,- sont sur site. Il nous conseille de garder notre calme si nous entendons des détonations, de ne pas courir, ni d’emprunter le chemin qui mène vers l’église. Nous devons rester avant tout groupés. Il nous raconte ensuite que le cimetière a été détruit au phosphore, ce qui est interdit par la Convention de Genève. Déjà je ne vois pas trop en quoi il est stratégique d’anéantir un cimetière. Quand on en arrive à attaquer des morts…

 

 

Dans les premiers temps des combats, lorsque les habitants de Donetsk ont réagi face aux attaques des Ukrainiens, ils ont appelés cette période la période des cyborgs, en référence aux uniformes et à l’équipement sophistiqué des soldats ennemis. La résistance de la RPD s’est attachée à reconquérir son espace territorial et son aéroport et depuis lors, une guerre silencieuse s’est installée ici, une guerre sournoise de tireurs postés dans les décombres, prêts à tirer sur qui s’approche de trop près des bâtiments et de la frontière invisible à nos yeux.

Erwan nous invite à rejoindre nos véhicules pour la suite du programme. Il souhaite nous amener dans son quartier. Il nous présente sa voisine Tatiana, âgée de 65 ans. Celle-ci habite dans ce qui reste de sa maison. Elle vit seule avec ses chiens dans son intérieur dont le plâtre des murs a dégringolé sous les secousses des bombardements et les vitres soufflées par les explosions proches. Tatiana n’est pas un soldat de la République. Tatiana ne conspire pas non plus, ni pour une cause ni pour une autre. Tatiana souhaite que les pilonnages successifs de l’armée ukrainienne cessent et qu’elle puisse enfin reconstruire son logement. Car pour le moment, à chaque tentative de réparer un bout de quelque chose, un nouveau bombardement détruit le tout. Une fois c’est même son bras qui en souffrira, elle a dû aller se faire soigner. Tatiana ne veut à aucun prix quitter son logement malgré son insalubrité. La vieille dame n’a pas une vie facile. Malgré son âge avancé elle déborde d’énergie, entretient son jardin et ce qui reste de son modeste logis. Elle nous raconte sa vie difficile avec beaucoup de pudeur mais nous sentons par le ton employé (elle ne parle que russe bien sûr) que pas un soldat ukrainien ne passera par son potager.

 

Nous passons voir une autre voisine, Ludmilla. Il n’est pas facile de faire de telles visites sans qu’à un moment vous ne soyez pris par un sentiment d’intrusion malsain, ou de voyeurisme. Il faut bien pourtant témoigner de ce que nous pouvons voir et prendre des photos.

 

 

La maison de Luda, 67 ans, ne ressemble plus à une maison. Le toit est effondré dans sa majeure partie, et il faut passer par un rideau pour pénétrer par ce qui reste du chambranle de la porte. L’intérieur est dévasté. Il n’y a plus de crépi sur les murs, d’ailleurs il manque des murs. Un bout de toit gît dans ce qui était la pièce à vivre autrefois. Comme chez sa voisine Tatiana, Luda vit ici depuis le début du conflit sans eau courante, sans électricité et sans chauffage. Elle a rassemblé les maigres affaires qui lui restent dans la pièce qui était réservée à ses chiens.

 

Après ces tristes visites nous retournons vers le centre-ville.

Nous appelons Marina, la jeune femme responsable de l’association Renaissance du Donbass et nous lui proposons de rejoindre notre petit groupe à l’hôtel. Elle arrive en compagnie de Lena dont nous avons également fait connaissance l’année dernière. Les retrouvailles furent très joyeuses et plaisantes, et de ce fait nous dînons tous ensemble et sommes rejoints plus tard par Graham Phillips et Patrick Lancaster, journalistes tous deux, britannique pour le premier et américain pour le second. Tous deux vivent ici depuis 3 ans et réalisent des reportages sur le conflit donbassien.

 

Lundi 26 juin

Grosse journée en perspective : les courses, les visites, les deux conférences prévues. Nous serons sans notre traducteur, Kris souhaitant se joindre à la délégation qui se rend directement au Centre de traumatologie pour une visite des locaux.

Andréï vient nous chercher en compagnie du médecin Vadim O. du Centre de traumatologie. Après les présentations d’usage, nous voilà partis vers le magasin de fournitures médicales. Installés dans le bureau de la directrice nous assistons à de longs échanges entre celle-ci et notre médecin qui de toute évidence cherche un équipement bien spécifique.

 

 

Finalement son choix se porte sur une lampe de bloc opératoire (cf. catalogue) d’un montant inconnu, une vitrine (13.000 roubles), deux fauteuils roulants spécial enfants (16.500 et 19.900 roubles) et d’un matériel dont nous ne comprenons pas l’usage (50.000 roubles). La somme des achats est de 184.950 roubles.

Andreï nous assiste dans le versement de l’argent –(il en sera ainsi pour l’ensemble de nos achats, car nous confondons parfois les coupures). Il ne peut s’empêcher de râler encore une fois en disant que pas seulement les enfants souffrent dans le Donbass, mais les vieux ainsi que les soldats. Il faut préciser que notre chauffeur est un ancien entrepreneur dans le bâtiment, et un ancien député de la région avant les événements. Lorsque les ukrainiens sont venus les soumettre par la force, il n’a pas hésité à rejoindre les rangs des combattants. Mais nous ne pouvons pas aider tout le monde, le choix est toujours douloureux. Mais qui sait si un jour nous ne viendrons pas également apporter de l’aide aux combattants.

Nous quittons le Dr. Vadim qui suivra de près la livraison des colis jusqu’au centre hospitalier et nous nous rendons au marché principal. Pour ce faire nous sommes accompagnés par Marina et Elena qui ont accepté avec plaisir de nous aider, et, munis de la liste de Tatiana, nous commençons à chercher les habits et chaussures souhaités pour les enfants.

 

 

On a vu passer des robes, des collants, des chouchous pendant une bonne heure. Puis des jupes, des pantalons, des chaussures…

Le temps passe trop rapidement et déjà Andréï nous prie doucement mais fermement de le suivre pour retrouver la délégation au Centre de traumatologie. Nous laissons Marina et Lena continuer les emplettes et arrivons au moment où nos achats médicaux sont livrés. Nous croisons la directrice du magasin médical qui nous tend les justificatifs d’achat en nous remerciant vivement pour ces actions entreprises en faveur des enfants blessés.

Nous retrouvons notre groupe d’élus français, en tenue vestimentaire adaptée : charlottes au pied, blouses. Ils sont accompagnés d’Erwan Castel et des deux journalistes rencontrés hier. Ils sont assistés de la direction de l’hôpital pour une visite complète.

Pendant ce temps nos colis sont amenés dans une salle. Nous pouvons un peu souffler et ouvrir les cartons. Erwan nous retrouve et réalise une longue interview.

 

 

 

 

Andreï nous cherche en toquant sur sa montre : nous sommes déjà en retard pour nous rendre à l’orphelinat. Le temps que tout le monde sorte du bâtiment et prenne place dans une voiture le retard est d’au moins 1h30. Nous pensons à Tatiana, son équipe et les enfants qui nous attendent depuis tout ce temps. Sait-elle combien d’invités surprise elle devra accueillir ?

Nous retournons au marché pour retrouver Marina et Lena qui ont terminé les achats. Nous les vérifions et payons les commerçants. Devant le manque de temps nous donnons à Marina l’équivalent de 1,000 euros en roubles pour sa propre association. Mais il nous est impossible de faire des emplettes en leur compagnie et il vaut mieux qu’elles prennent le temps de réfléchir à leurs besoins plutôt qu’acheter vite et n’importe quoi. Nous leur donnons rendez-vous dans la soirée pour qu’elles nous montrent leurs achats.

 

 

Les paquets sont entreposés dans le coffre de la voiture d’Andréï, bourré à craquer ! Nous partons joyeux à l’idée de voir les enfants déballer les jolis vêtements achetés.

Nous arrivons en cortège devant l’établissement. Après les effusions d’arrivée nous sommes conviés à prendre place dans le bureau de Tatiana pour le thé et quelques plats apéritifs. Nous sommes tellement nombreux que nous n’arrivons pas tous à nous asseoir, nous sommes 13 au total. Tatiana semble débordée, à juste titre, et déroutée par les événements.

 

 

Hélas, trois fois hélas, à peine quelques minutes plus tard le ministère nous informe que nous devons partir de suite. C’est la deuxième fois que nous précipitons notre départ à notre corps défendant et nous promettons à Tatiana de revenir rapidement pour la saluer de manière plus digne. Nous abandonnons Tatiana et son thé, les paquets gisent les uns sur les autres sur le sol, et nous reprenons le chemin du centre-ville la mort dans l’âme. Nous ne verrons ni le spectacle, ni les enfants, c’est vraiment un moment affreux. Tatiana nous donne un petit tableau fabriqué par les enfants.

Le groupe se partage en deux. Nos élus français se rendent au Ministère pour la signature protocolaire portant sur la création de la Représentation officielle de la République de Donetsk en France et nous nous rendons de notre côté dans les locaux de la télévision de Donetsk, Oplot TV. Nous sommes reçus par le journaliste Rashid Romanov pour une interview.

 

 

 

Nous rejoignons nos élus dans la salle de conférence de la République. Là nous attendent deux jeunes députés Alexandre C. Kostenko et Oleg V. Vanin. L’assemblée est présidée par la représentante des affaires extérieures Elena Melnik et l’agence de presse Novorossia, dont Svetlana qui servira d’interprète entre les différents intervenants.

 

 

Puis nous sommes avisés de la venue du comité des accréditations qui souhaitent faire notre connaissance et nous entendre sur les motivations de l’association Urgence Enfants du Donbass et de nos actions menées jusque-là. Nous quittons donc la réunion pour nous rendre dans une pièce voisine.

Les deux membre de la commission se présentent et nous expliquent comment ce dossier sera instruit. Il s’agira en premier lieu de leur expliquer le but de l’association et de leur fournir un certain nombre de documents officiels français. Puis de leur envoyer un compte-rendu sur nos diverses missions, le montant des dons et les rencontres effectuées avec d’autres associations déjà accréditées.

Ils souhaitent savoir si nous disposons d’un correspondant officiel sur place (question décidément redondante lors de cette mission) et surtout d’où vient l’argent récolté.

« Comment planifiez-vous vos missions et les livraisons lors de vos venues ? ». Nous devons leur expliquer qu’Urgence Enfants du Donbass n’est pas une multi-nationale de l’humanitaire. Nous venons lorsque les dons sont assez importants pour justifier un déplacement. Nous leur racontons dans le détail les trois missions effectuées, et que les dons récoltés sont jusqu’à ce jour d’un montant de 20,000 euros environ. Les dons sont distribués directement dans les institutions et associations avec lesquelles nous avons choisi de travailler. Nous expliquons que notre budget est modeste, et que cet argent vient de Français de tous horizons touchés par les événements qui frappent la RPD.

Irina (du Ministère) intervient pour nous signaler qu’il est temps de nous rendre à la banque où nous avons rendez-vous avec la directrice pour aborder la question de l’éventuelle ouverture d’un compte à Donetsk.

Nous quittons les membres du Comité et les remercions du temps qu’ils nous ont consacré.

Nous sommes reçus dans une vaste salle de réunion. Il s’agit du même établissement dans lequel nous avions fait le versement pour Tatiana en décembre 2015. La directrice nous reçoit en compagnie de deux de ses conseillers.

Après les salutations et les présentations nous exposons notre problème, à savoir pouvoir ouvrir un compte en banque au nom de l’association dans la République. Ceci d’une part afin d’éviter de se promener avec l’argent sur soi puis d’autre part de disposer d’un fonds sur place pour les urgences qu’on nous signale ou éventuellement rémunérer un correspondant sur place. Nous voulons trouver une manière simple d’apporter de l’argent ici mais nous ne connaissons pas les procédures à respecter.

La réponse est pourtant bien simple : il n’y a pas de procédure à respecter dans le pays en raison des sanctions européennes. Toutes les banques étrangères ont fermé. La seule solution est de passer l’argent par le poste frontière, à hauteur de 10,000 euros maximum.

Nous rejoignons la délégation d’élus dans un bâtiment moderne pour la conférence de l’Université technique d’Etat avec Elena Sydorova et son équipe.

Elena préside la séance et commence par la présentation des trois élus français à Donetsk et la création de la Représentation officielle de la RPD en France. Après un bref tour de table, le débat se poursuit par une série d’annonces et de projets à monter. Il est ainsi évoqué de mettre en place une Alliance française forte et active ou toute autre type d’association similaire qui serait porteuse de projets culturels (festivals de films, débats en langue française, ou des simples déjeuners culturels qui regrouperaient des locuteurs de français).

 

 

Nous ressortons heureux mais fatigués de cette journée longue et forte en émotions. Nous avons rendez-vous le soir chez Patrick Lancaster, le journaliste anglais, qui nous invite à dîner chez lui pour clore ces deux jours intenses. Nous y retrouvons Marina et Lena qui nous informent que les achats ont bien été réalisé et nous remet en main propre le justificatif des emplettes. Il s’agit principalement de fournitures scolaires : cahiers, livres, stylos.

 

 

Lorsque nous quittons son appartement nous passons devant l’ancien MacDonald, rebaptisé DonMac, petit clin d’oeil de l’est à l’ouest.

 

 

Merci à ceux qui nous ont accompagnés lors de ce séjour et sans qui nous n’aurions pu mener à bien notre mission :  Svetlana Kissileva, Erwan Castel, Philippe Khalfine, et notre traducteur Kris Roman.

Merci et bravo à Lena, Marina, Tatiana et son équipe.

Fin de la quatrième mission.